08.07.2008

Ingrid, sais-tu où tu es ?

En cette 61ème semaine de Sarkofrance, il convient de présenter à Ingrid Betancourt ses nouveaux copains : Christine (Lagarde), Edvige (le fichier géant d'exploitation Documentaire et Valorisation de l'Information Générale), Brice (Hortefeux)…


La libération heureuse d'Ingrid Betancourt
fut l'évènement de la semaine. Depuis mercredi, l'univers médiatique s'est saisi de l'affaire. Vendredi 4 juillet, les chaînes d'information nous ont fait vivre un feuilleton. L'avion atterrit. Ingrid Betancourt en sort. Elle embrasse Nicolas Sarkozy qui l'attendait en bas des marches. Carla Bruni lui fait la bise. Déclaration au micro. Ingrid prend la main du Président. Quelques heures plus tard, les deux se retrouvent à l'hôtel Marigny. Déclaration «improvisée; Nicolas Sarkozy, son épouse chanteuse qui sort un disque dans 8 jours, Bernard Kouchner, Rama Yade, les enfants de l'ex-otage et quelques autres sont sur l'estrade. Les soutiens d'Ingrid Betancourt applaudissent à chaque pause. Les paroles de l'ex-otage sonnent juste, parfois maladroites d'un trop plein d'émotions. Sarkozy a chaud.

Sarkozy a eu chaud.

Il n'y est pour pas grand chose dans cette libération. Il s'est activé. C'est tant mieux. C'est aussi son boulot. La presse étrangère s'amuse de sa surprise. Il ne savait pas. C'est peut être la vraie surprise de la journée. Quand un journaliste lui demande s'il était au courant, il répond par la négative. Quand les rumeurs de rançons versées par les Etats Unis font surface, le Ministère des Affaires Etrangères se dégage encore plus : «N'ayant pas été associés à cette opération, nous n'avons pas été associés à ses modalités de financement, si tant est qu'il y ait eu des modalités de financement».

Nicolas Sarkozy a vraiment eu chaud.

La semaine avait extrêmement mal débuté pour le Président.

Certains pouvaient louer son activisme des jours précédents. En quelques jours, quelques heures, couacs et obstacles se sont multipliés. Lundi, le chef de l'état major de l'armée de Terre a démissionné. Les attaques verbales présidentielles après le dramatique fait divers de Carcassonne ont eu raison de lui. L'armée souffre du Sarkozysme. Mardi, la France a pris la Présidence de l'Union Européenne pour 6 mois. Le même jour, le Président polonais a refusé de signer le Traité de Lisbonne. Pris à parti par Sarkozy ces derniers jours sur les négociations agricoles à l'OMC, le commissaire européen Peter Mandelson, en charge du Commerce, lui a répliqué simplement : le président Français «base ses chiffres sur un scénario erroné.» Une manière diplomatique de dire qu'il ment. Mardi toujours, le patron des chaînes publiques de télévision a mis sa tête sur le billot. La veille, Nicolas Sarkozy s'était invité sur le plateau de France 3 pour ne pas répondre aux questions d'Audrey Pulvar et avait critiqué les programmes de France Télévisions.

Grâce à Ingrid Betancourt, les Français ont pu oublier quelques instants la dure réalité. A Ingrid de découvrir maintenant
dans quel pays elle met les pieds.

Ingrid ne connaît pas Christine
Pour gagner moins, il faut travailler plus. Le constat a peu à voir avec le dispositif de défiscalisation des heures supplémentaires mis en place par le gouvernement en octobre dernier. Ce dernier plombe les comptes de la Sécu et des retraites d'environ 150 millions d'euros par mois. Le pouvoir d'achat est en berne, on le sait. Pourtant, la ministre de l'Emploi Christine Lagarde se félicite d'une hausse d'heures supplémentaires. Elle omettait de préciser que cette hausse avait démarré avant le dispositif gouvernemental d'octobre 2007. Vous avez bien lu. On travaille plus pour gagner ... moins. L'inflation générale y est pour beaucoup. le gouvernement joue sa parti également. Il encourage le déremboursement des frais médicaux, y compris pour les diabétiques et les cancéreux.

Ingrid ne connaît pas Edvige
Depuis le 27 juin, les adolescents peuvent être fichés dès 13 ans. Ce fichier s'appelle Edvige, pour Exploitation Documentaire et Valorisation de l'Information GEnérale. Il sert à « centraliser et analyser les informations relatives aux personnes physiques ou morales ayant sollicité ou exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif... », et « analyser les informations relatives aux individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public.» La même semaine, la nouvelle Direction Centrale du Renseignement Intérieur a été créée. Elle rapporte au Président. Nulle inquiétude. C'est pour mieux lutter contre les méchants terroristes. A lire ses missions, certains blogueurs pourraient s'inquiéter: cette DCRI assurera «la surveillance des mouvements subversifs violents et des phénomènes de société précurseurs de menaces». Sommes-nous subversifs et porteurs de menaces ?

Ingrid ne connaît pas Brice.

Brice Hortefeux est ce ministre d'Etat, dont la caricature aux Guignols de l'Info sur CANAL+ sue à grosses gouttes en permanence qui est charge de défendre l'identité Nationale française. L'immigration est le sujet central de la présidence Française de l'Union Européenne. Nicolas Sarkozy a annoncé son programme. Il semble vouloir gagner là-bas (à Bruxelles) ce qu'il a perdu depuis longtemps ici : la crédibilité. Les Européens accepteront-ils de «partager la honte; d'une politique d'immigration choisie qui expulse des parents sans leurs enfants ? Nos voisins ont d'autres priorités, tels le déblocage institutionnel de l'Union. Pas Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux. Cela fait 18 mois que l'Etat français traque en vain des clandestins. Il agite la menace d'une immigration galopante. Il en est réduit à expulser des parents à la sortie des écoles. Ingrid découvrira que près de la moitié des expulsions de clandestins en 2007 ont été effectués... à Mayotte. L'immigration est un sujet de divertissement pour Nicolas Sarkozy.

Ingrid Betancourt a beaucoup à découvrir sur la France de 2008.

Espérons qu'elle gardera sa lucidité.

Heures sup : intox et vieilles dentelles

Le bruit médiatique orchestré par Christine Lagarde autour de la pseudo réussite des heures supplémentaires aurait dû faire bondir les journalistes. Mais rien. Sont-ils tous déjà en vacances?

Jusqu'à quand accepterons-nous d'être pris pour des gogos ? La question se pose en effet lorsqu'on considère la capacité du pouvoir à nous servir - à vous, à moi, aux autres citoyens - des fausses vérités, des demi-mensonges avec un culot du diable. La semaine passée, nous en avons eu un bel exemple :
Jeudi, Christine Lagarde a convoqué les journalistes en toute urgence. Dame, que les mails partent de Bercy à 14h08 pour un événement prévu à 15 heures, c'est que ce devait être important ! Ingrid Betancourt étant déjà libérée, Florence Aubenas à l'abri au Nouvel Observateur, qu'est-ce que la (« le », dit-elle) ministre allait annoncer de si important ? Tout simplement qu'on avait de nouveaux chiffres sur les heures supplémentaires. Vous savez, la mesure chérie de l'UMP, incluse dans le « paquet fiscal. » Grâce à une étude toute fraîche, notre toujours aussi élégante et souriante vedette de Bercy avait le plaisir d'apprendre à la nation que les heures sup avaient fait un bond de 40,3% entre le premier trimestre 2007 et le premier trimestre 2008. Alléluia !
Mais lorsque les journalistes consciencieux demandent une copie de ladite étude, issue de la Dares (service de recherche du ministère de l'emploi), l'oukase tombe: impossible, elle est sous embargo jusqu'à demain !
On comprend mieux lorsqu'on la lit (Premières synthèses N°28.2). Car si l'étude en question montre bien une forte augmentation du nombre d'heures supplémentaires effectuées par les salariés à temps complet dans les entreprises de 10 salariés ou plus, elle se termine par une « note de méthode » sibylline (ou incompréhensible, au choix) dont nous extrayons le (large) passage suivant :

« Des travaux d'analyse menés par la Dares montrent que toutes les heures supplémentaires ne sont pas déclarées par les entreprises à l'enquête Acemo. Il apparaît notamment que les entreprises déclarant une durée hebdomadaire collective de plus de 35heures omettaient sur les années récentes de déclarer à l'enquête une partie des heures supplémentaires régulièrement travaillées, dites «structurelles». L'entrée en vigueur à par- tir du 4ème trimestre 2007 des mesures sur les heures supplémentaires de la loi en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat (TEPA) du 21août 2007 a vraisemblablement réduit ce biais de sous-déclaration à l'enquête: les allègements de cotisations sociales qui y sont liés amènent désormais les entreprises à recenser avec plus de précision les heures supplémentaires. Cela influence l'ampleur des évolutions constatées entre les périodes antérieures à l'entrée en vigueur de ces dispositions et les périodes ultérieures. En outre, dans le secteur des hôtels, cafés et restaurants, l'invalidation du régime d'équivalence fin 2006 a requalifié les heures travaillées entre la durée légale et la durée équivalente en heures supplémentaires «structurelles». En effet, le principe d'une durée équivalente reposait sur la prise en compte de périodes d'inactivité des salariés (heures creuses). La durée équivalente était donc supérieure à la durée légale. Cette invalidation a eu un impact progressif au cours de 2007 sur
les déclarations des heures supplémentaires par les entreprises
».

Traduction : primo, l'enquête de la Dares, effectuée auprès de 24000 entreprises, est entachée d'un énorme biais statistique, et n'est donc pas très fiable. Secundo, pour les hôtels, cafés et restaurants, du fait d'un changement de législation en 2006, on ne saura jamais rien de la progression des heures sup. Tertio, depuis des années, des entreprises trichent, ne déclarent pas les heures supplémentaires, les rémunèrent encore moins à leur juste valeur, bref « grugent » les salariés. On peut d'ailleurs en conclure qu'une partie indéterminée des 4,5 milliards d'euros d'argent public prévus par la loi TEPA au titre de l'exemption fiscale et sociale des heures sup', va servir de fait à « blanchir » une pratique de voleurs, qui plus est en réunion !

De telles pratiques de « com' », à partir de la rétention des statistiques publiques, qui sont la propriété de tous et pas de la seule ministre, devraient faire bondir les confrères. Hélas, les médias s'en fichent, ou contournent le problème. Il suffit de consulter « Les Echos » du 5 juillet. Malgré un papier très honnête et intelligent de Lucie Robequain, qui s'était procuré l'étude de la Dares (heureusement, il y en a qui font leur travail !), l'article est titré : « Bercy affiche une augmentation des heures supplémentaires de 40% en un an ». Alors que le papier explique plutôt « pourquoi on ne peut pas savoir… »
Les mêmes Echos engageaient le 3 juillet une campagne, télécommandée par Bercy, le Medef et l'Institut de l'Entreprise, pour la réforme de l'enseignement de l'économie au lycée, qualifié de « théorique, lourd et inefficace ». Les « profs d'éco » seraient de dangereux crypto-marxistes qui n'entendent rien à l'économie de marché, c'est le discours dominant. Mais avant de s'en prendre aux profs, si l'on commençait par réformer le journalisme économique ?

 

06.07.2008

Supermarchés, non merci !

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Christian Jacquiau, économiste et commissaire aux comptes, a publié deux ouvrages sur la grande distribution et le commerce équitable. Il affirme que la grande distribution a un effet désastreux sur la dimension humaine de l'emploi.

Pourquoi les supermarchés attirent-ils autant les foules ? Quelles relations entretiennent-ils avec les institutions politiques, si tant est qu'ils en aient ? Voilà les questions posées à Christian Jacquiau dans cet entretien, diffusé sur le blog Supermercat no gracies (traduit du Catalan: Supermarchés, non merci), qui décortique le phénomène des grandes surfaces.
L'économiste explique qu'en France la grande distribution s'est développée dans la période d'après-guerre, à une époque où la volonté était de renouveler le pouvoir d'achat. Et pour y arriver, les grandes enseignes ont profité d'arguments économiques pour que les politiques marchent avec elles : elles allaient créer de l'emploi, donc faire consommer les Français, ce qui allait générer la croissance...

 Aujourd'hui, seules six centrales d'achat contrôlent l'essentiel des produits de consommation courante distribués dans les grandes surfaces françaises, affirme Christian Jacquiau. Un quasi monopole. Incontournables, les hypermarchés ont un pouvoir non négligeable. A tel point que les plus grands groupes (Wallmart, Carrefour...) accompagnent la mondialisation dans tous les pays du monde, achetant les produits les moins chers possible là où la main d'œuvre est négligeable, et les revendant à bon prix là où les consommateurs sont demandeurs... avec un seul objectif : la rentabilité.

 L'Europe, dans sa volonté de développer le libre marché, a ouvert la porte aux dérives des grandes enseignes. Leur pouvoir s'en est trouvé renforcé, et continue à croître. La production est réalisée dans de mauvaises conditions environnementales, et les relations humaines sont totalement détruites. D'autant qu'avec le développement des caisses automatiques et la sous-traitance, l'argument de l'emploi ne tient même plus...

04.07.2008

A l'UMP, ont parle trait bien francé

Comme ne cesse de le répéter notre bon Président, il y a urgence à réformer l'éducation. Une mise à niveau de ses troupes serait un bon début…


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Nicolas Sarkozy a bien raison de se plaindre des médias qui ne reprennent jamais les communiqués savamment travaillés par ses troupes. Pour une fois, sachons appliquer les recommandations présidentielles et attardons-nous sur cette brillante littérature. Au hasard, prenons l'un des derniers arrivés dans la boîte mail des journalistes : Frédéric Lefèbvre, porte-parole de l'UMP et secrétaire national à l'économie, s'y insurge contre «des idées que le PS soit disant défend» comme le non-cumul des mandats. Oups… dans sa fougue, il a confondu «soi-disant» et le subjonctif présent du verbe être : «qu'il soit». Toujours sur le non-cumul, «Madame Royal a montré sa capacité d'entraînement sur les socialistes lorsqu'elle se l'ait appliqué, même Arnaud Montebourg, son porte-parole, ne l'a pas suivi !!!», poursuit Frédéric Lefèbvre. Passons outre le fait qu'Arnaud Montebourg n'est plus porte-parole de Ségolène Royal depuis un bon moment. Comment s'attacher au fond quand la forme est entachée d'une confusion entre l'auxiliaire avoir et l'auxiliaire être («se l'est appliqué» et non «se l'ait», à ce sujet voir l'excellent documentaire sur une classe de maternelle intitulé Etre et avoir) et d'une faute d'accord («son porte-parole ne l'a pas suiviE», le COD étant placé avant le verbe avoir, confer les cours de grammaire au programme en 6e). Quant à la ponctuation, elle traduit plus la créativité de l'auteur que son souci du respect des règles...

Au tant suspant tont vole...
Las ! Il ne s'agit pas d'un cas isolé… Le 22 juin, le même Frédéric Lefèbvre appuyait les recommandations de Denis Olivennes sur le téléchargement en clamant qu'il était «tant d'agir mais avec mesure» (au lieu de temps). Quelques lignes plus haut, on peut lire «Bien sûr que nous n'empêcherons jamais certain (sans s) de continuer à détourner la loi mais l'enjeu est que ce ne soit plus le jeu du plus grand nombre…» Que celui qui peut lire cette phrase sans bâiller nous jette la première pierre. Ce communiqué, qui commence par l'ambition affichée de «lutter contre le piratage qui fait tant de ravage» (sans s) et se termine par la volonté «de soutenir sans retenu» (sans e) les artistes, serait sans aucun doute recalé au bac. Conclusion ? Si les médias se penchaient plus souvent sur ces communiqués, ils apprendraient au moins une chose : il y a effectivement urgence à réformer l'éducation... de l'UMP !

03.07.2008

L'Europe dans le bleu, Sarkozy dans le rouge

Sarkozy en sauveur de l'Europe? On croit rêver. Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises, puisque le président s'apprête aussi à promouvoir… le modèle social français !

On dira, les sarkozystes le martèlent, que Nicolas Sarkozy n'est jamais aussi heureux que lorsqu'il doit affronter une situation difficile. Le voilà servi, à domicile. Il doit même être au Nirvana, car l'Europe dont il prend la présidence est dans le bleu et la France dans le rouge ! Ce n'est pas nouveau, certes, puisque l'Europe avance toujours dans la crise. La mystification était de prétendre que les dirigeants européens l'avaient surmontée, cette crise, grâce au mini traité sarkozyste. Un trompe-l'œil pour borgne…

Le vote négatif des Irlandais est venu le rappeler sèchement : les peuples d'Europe n'aiment pas le «machin» bruxellois qu'on leur a fabriqué. Trop technocratique, trop éloigné de leurs préoccupations, pas assez protecteur. Ils aiment, et de plus en plus, l'idée de l'Union, mais pas ce grand marché exposé aux vents glaciaux du libéralisme mondialisé. C'est ce refus qu'ont exprimé les nonistes irlandais comme les Français précédemment ainsi que les Hollandais. Alors, Nicolas Sarkozy qui était à l'origine du «traité simplifié» (!) et fier, précédemment, de la tentative d'escamotage des problèmes institutionnels devra commencer par prendre en compte cette réalité-là, et ne pas tenter de nouveau de ruser avec. Il lui faut faire son deuil de sa marche triomphale espérée et de sa volonté faraude de se présenter en sauveur suprême de l'Europe. Le Parisien dimanche le présentait pourtant encore ainsi. Las… Pour se sauver lui-même et préserver ce qui peut l'être, il lui faudra trouver un beau et bon rebond, et ça, il sait faire, changer de pied, réinventer un semblant de dynamique ; les crises financières, économiques, sociales institutionnelles l'exigent. Il y travaille, mais sans se bercer d'illusions. Nicolas Sarkozy ne peut pas être le sauveur suprême, pas plus à Paris qu'à Bruxelles, encore moins même…

La gouaille de Sarko fait peur à nos partenaires européens
L'Europe ne veut pas de Zorro, surtout en sa personne turbulente et tintinnabulante dont ses partenaires se méfient parce qu'ils le trouvent arrogant et imprévisible. «Heureusement qu'il y a Jean-Pierre Jouyet », soupirent nos partenaires que le Secrétaire d'Etat aux Affaires européennes s'en est allé visiter et rassurer, alors que le Conseiller spécial élyséen, Henri Guaino, les inquiétait également et les agaçait avec ses prétentions à construire quasiment seul l'Union méditerranéenne, en marginalisant l'Allemagne et l'Europe de l'Ouest comme du Nord. Marche arrière toute ! En laissant derrière soi un sillon de mécontentement.

Nicolas Sarkozy les a, lui, ulcérés par sa gouaille de «Titi hâbleur», par ses manières de nouveau riche exhibitionniste, son «toucher palpeur» trop familier, ses inconséquences libéralo-nationalistes, cette façon si française de donner des leçons d'européisme et de ne pas se les appliquer à soi-même en matière économique et financière. Le coq français ne chante jamais si fort que lorsqu'il a les pieds dans la boue. Avec l'importance de notre dette, ainsi que notre croissance en berne, et alors qu'au foot nous avons été éliminés de l'Euro dès le premier tour, nous en avons presque jusqu'au bec. Peut-on encore coqueriquer alors ?

Le salut est dans le social
Des voix autorisées, comme on dit, engagent le chef de l'Etat à montrer quelque retenue. Valéry Giscard d'Estaing a ainsi souhaité hier que son successeur fît preuve de «modestie», lui qui incarne… l'immodestie faite homme ! Il faudrait donc lui demander, à Nicolas Sarkozy, de ne quasiment plus respirer ! Il répondra sans doute ce soir sur France 3 qu'il n'est «ambitieux que pour l'Europe», et il se couvrira du manteau des besoins des citoyens européens. C'est cette réconciliation avec les peuples qu'il prétend vouloir chercher, à travers les priorités qu'il a fixées : d'abord le paquet climat-énergie, puis l'immigration, deux dossiers où un accord peut être trouvé, et qui permettraient d'apporter des réponses concrètes et même des améliorations à la vie des citoyens, en tout cas pour ce qui concerne le coût comme l'utilisation de l'énergie. Les questions agricoles seront plus difficiles à manager ; la politique agricole, qui profite à la France, pourra-t-elle être sauvegardée ? Le fonds de l'ère idéologique est bien meilleur que du temps de Chirac, avec la spéculation sur l'alimentation et les famines mondiales qui rendent les aides aux agriculteurs indispensables. Ce qui ne devrait pas empêcher de mieux les cibler enfin !

Le dossier de défense européenne peut par ailleurs réserver des surprises… sur le plan intérieur ! Car l'orientation sarkozyste - la réintégration dans l'OTAN sous prétexte d'hypothétiques concessions des Américains qui nous donneraient leur bénédiction après nous avoir toujours bloqués - ce pari américanophile déplaît à toute à la droite gaullo-chiraquienne qui se mobilise contre «cet abandon de la proie pour l'ombre», comme le dit Alain Juppé. Il semblerait même que François Fillon soit passé du côté des rebelles… A moins que ce ne soit son ombre. Il faudrait donc que Nicolas Sarkozy décroche de substantielles et peu probables avancées pour imposer ses vues. Mais c'est maintenant sur le terrain social que le président veut de surcroît occuper. Jean-Pierre Jouyet le tambourine dans une interview donnée aujourd'hui à La Tribune « il faut donner une dimension sociale à la présidence européenne ». Quelle découverte ! Il est bien tard. Xavier Bertrand, ministre du Travail, et Martin Hirsch, Haut commissaire aux solidarités actives, ont été tirés du lit et convoqués en catastrophe. Le salut, leur a-t-on expliqué, est dans le social… Heureusement ce sont des petits dormeurs et de grands faiseurs, dit-on. Et ce sera peut-être l'occasion de redécouvrir qu'il y a un modèle social français que le gouvernement ne voudrait pas laisser détruire, contrairement aux apparences, et qu'il voudrait même l'étendre aux peuples de l'Europe, voire du monde entier…
Incroyable ! Littéralement…

02.07.2008

Avec Starck et Kouchner, vive l'Union européenne !

Grâce à Philippe Starck, dernier barde de l'Europe, les auditeurs d'Europe 1 sont invités à oublier le non polonais qui pourrait bien plomber définitivement le Traité de Lisbonne.

Ce matin c'était l'Europe à tous les étages sur les ondes ; Mais tandis que RTL interrogeait un revenant politique en la personne de Philippe de Villiers, Europe balançait son scoop de la nuit : la Pologne annonce ce matin qu'elle ne ratifiera pas le Traité de Lisbonne. Bref, le non irlandais devient contagieux puisque la République tchèque a déjà communiqué son intention de ne pas donner suite au fameux Traité.
Bref, Jean-Pierre Elkabach était embêté : d'un côté il avait prévu un invité de marque, Philippe Starck, barde de l'Europe radieuse ; de l'autre, il fallait bien faire la place à l'info du jour sur l'Europe qui pleure. Du coup, il y avait deux invités sur Europe 1 ce matin : le messager de l'Europe qui pleure, le politicien polonais Borislav Geremek et le messager de l'Europe qui rit, Philippe Starck. Le premier a été expédié en deux coups de cuillères à pot. Son analyse : le président polonais ne veut pas sortir de l'Union, il est juste monté au créneau pour de méchantes raisons de politique intérieure. C'est toujours comme ça, en effet, que les choses sont présentés : si les dirigeants nationaux deviennent eurosceptiques c'est bien parce que, de temps en temps, ils doivent rendre des comptes devant leurs électeurs. L'union fait la force, à condition qu'elle se passe de démocratie, tel est le message délivré.

L'homme aux 22 résidences
Passons à l'Europe qui rit. L'Europe qui rit rigole parce qu'elle est riche : Philippe Starck a 22 maisons. Oh, on exagère beaucoup, dit-il, juste des cabanons. Comme celui de Venise, voyez vous, où il aime discuter avec les pêcheurs. Philippe Starck, lui, c'est pas comme ces salauds d'Irlandais, il adore l'Europe. Elle le lui rend bien, l'Europe, d'ailleurs puisqu'elle vient de le bombarder, grâce à son copain Bernard Kouchner, «directeur artistique de l'Union». On ne saura pas le montant du contrat : Elkabbach ne lui posera pas la question, ce serait sans doute déplacé. Mais pendant que les Français angoissent pour leur budget essence des vacances, Starck a la tête dans les étoiles et les pieds dans la boue qui jouxte ses 22 maisons. Plus que cinq à acheter et il aura autant de maisons que de pays de l'Union. Starck est poétique. Starck est un créatif. Il a donc eu l'idée d'offrir aux présidents des 27 pays de l'Union des cadeaux designés : un e-book avec les textes de 27 auteurs français et un lecteur de films sur lequel ils pourront se passer 27 films français.
Un cerveau, ce Starck. Il dit : «L'important c'est de voir les grandes masses les grandes forces. Si on ne fait pas un bloc cohérent on sera balayé. Notre rôle de cerveau du monde devient de plus en plus vital.» C'est beau comme du Braudel (emballage Carrefour rayon livres cependant) ! Mais c'est bête comme quelqu'un qui ne lit pas la presse économique : il saurait que ces Chinois ou ces Indiens, dont il dit – à juste titre – qu'ils sont intelligents, sont en train de nous tailler de belles croupières également sur le marché du cerveau. Mais ça ne fait rien. Même quand les Européens seront écrasé dans le domaine des technologies et du lociciel, il nous restera les artistes. Comme Starck. Vive l'Europe ! Vive Starck ! Vive les artistes ! Et surtout vive les riches !

01.07.2008

L'Europe dans le bleu, Sarkozy dans le rouge

Sarkozy en sauveur de l'Europe? On croit rêver. Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises, puisque le président s'apprête aussi à promouvoir… le modèle social français !

On dira, les sarkozystes le martèlent, que Nicolas Sarkozy n'est jamais aussi heureux que lorsqu'il doit affronter une situation difficile. Le voilà servi, à domicile. Il doit même être au Nirvana, car l'Europe dont il prend la présidence est dans le bleu et la France dans le rouge ! Ce n'est pas nouveau, certes, puisque l'Europe avance toujours dans la crise. La mystification était de prétendre que les dirigeants européens l'avaient surmontée, cette crise, grâce au mini traité sarkozyste. Un trompe-l'œil pour borgne…

Le vote négatif des Irlandais est venu le rappeler sèchement : les peuples d'Europe n'aiment pas le «machin» bruxellois qu'on leur a fabriqué. Trop technocratique, trop éloigné de leurs préoccupations, pas assez protecteur. Ils aiment, et de plus en plus, l'idée de l'Union, mais pas ce grand marché exposé aux vents glaciaux du libéralisme mondialisé. C'est ce refus qu'ont exprimé les nonistes irlandais comme les Français précédemment ainsi que les Hollandais. Alors, Nicolas Sarkozy qui était à l'origine du «traité simplifié» (!) et fier, précédemment, de la tentative d'escamotage des problèmes institutionnels devra commencer par prendre en compte cette réalité-là, et ne pas tenter de nouveau de ruser avec. Il lui faut faire son deuil de sa marche triomphale espérée et de sa volonté faraude de se présenter en sauveur suprême de l'Europe. Le Parisien dimanche le présentait pourtant encore ainsi. Las… Pour se sauver lui-même et préserver ce qui peut l'être, il lui faudra trouver un beau et bon rebond, et ça, il sait faire, changer de pied, réinventer un semblant de dynamique ; les crises financières, économiques, sociales institutionnelles l'exigent. Il y travaille, mais sans se bercer d'illusions. Nicolas Sarkozy ne peut pas être le sauveur suprême, pas plus à Paris qu'à Bruxelles, encore moins même…

La gouaille de Sarko fait peur à nos partenaires européens
L'Europe ne veut pas de Zorro, surtout en sa personne turbulente et tintinnabulante dont ses partenaires se méfient parce qu'ils le trouvent arrogant et imprévisible. «Heureusement qu'il y a Jean-Pierre Jouyet », soupirent nos partenaires que le Secrétaire d'Etat aux Affaires européennes s'en est allé visiter et rassurer, alors que le Conseiller spécial élyséen, Henri Guaino, les inquiétait également et les agaçait avec ses prétentions à construire quasiment seul l'Union méditerranéenne, en marginalisant l'Allemagne et l'Europe de l'Ouest comme du Nord. Marche arrière toute ! En laissant derrière soi un sillon de mécontentement.

Nicolas Sarkozy les a, lui, ulcérés par sa gouaille de «Titi hâbleur», par ses manières de nouveau riche exhibitionniste, son «toucher palpeur» trop familier, ses inconséquences libéralo-nationalistes, cette façon si française de donner des leçons d'européisme et de ne pas se les appliquer à soi-même en matière économique et financière. Le coq français ne chante jamais si fort que lorsqu'il a les pieds dans la boue. Avec l'importance de notre dette, ainsi que notre croissance en berne, et alors qu'au foot nous avons été éliminés de l'Euro dès le premier tour, nous en avons presque jusqu'au bec. Peut-on encore coqueriquer alors ?

Le salut est dans le social
Des voix autorisées, comme on dit, engagent le chef de l'Etat à montrer quelque retenue. Valéry Giscard d'Estaing a ainsi souhaité hier que son successeur fît preuve de «modestie», lui qui incarne… l'immodestie faite homme ! Il faudrait donc lui demander, à Nicolas Sarkozy, de ne quasiment plus respirer ! Il répondra sans doute ce soir sur France 3 qu'il n'est «ambitieux que pour l'Europe», et il se couvrira du manteau des besoins des citoyens européens. C'est cette réconciliation avec les peuples qu'il prétend vouloir chercher, à travers les priorités qu'il a fixées : d'abord le paquet climat-énergie, puis l'immigration, deux dossiers où un accord peut être trouvé, et qui permettraient d'apporter des réponses concrètes et même des améliorations à la vie des citoyens, en tout cas pour ce qui concerne le coût comme l'utilisation de l'énergie. Les questions agricoles seront plus difficiles à manager ; la politique agricole, qui profite à la France, pourra-t-elle être sauvegardée ? Le fonds de l'ère idéologique est bien meilleur que du temps de Chirac, avec la spéculation sur l'alimentation et les famines mondiales qui rendent les aides aux agriculteurs indispensables. Ce qui ne devrait pas empêcher de mieux les cibler enfin !

Le dossier de défense européenne peut par ailleurs réserver des surprises… sur le plan intérieur ! Car l'orientation sarkozyste - la réintégration dans l'OTAN sous prétexte d'hypothétiques concessions des Américains qui nous donneraient leur bénédiction après nous avoir toujours bloqués - ce pari américanophile déplaît à toute à la droite gaullo-chiraquienne qui se mobilise contre «cet abandon de la proie pour l'ombre», comme le dit Alain Juppé. Il semblerait même que François Fillon soit passé du côté des rebelles… A moins que ce ne soit son ombre. Il faudrait donc que Nicolas Sarkozy décroche de substantielles et peu probables avancées pour imposer ses vues. Mais c'est maintenant sur le terrain social que le président veut de surcroît occuper. Jean-Pierre Jouyet le tambourine dans une interview donnée aujourd'hui à La Tribune « il faut donner une dimension sociale à la présidence européenne ». Quelle découverte ! Il est bien tard. Xavier Bertrand, ministre du Travail, et Martin Hirsch, Haut commissaire aux solidarités actives, ont été tirés du lit et convoqués en catastrophe. Le salut, leur a-t-on expliqué, est dans le social… Heureusement ce sont des petits dormeurs et de grands faiseurs, dit-on. Et ce sera peut-être l'occasion de redécouvrir qu'il y a un modèle social français que le gouvernement ne voudrait pas laisser détruire, contrairement aux apparences, et qu'il voudrait même l'étendre aux peuples de l'Europe, voire du monde entier…
Incroyable ! Littéralement…

30.06.2008

Que signifie le terme «libéral»?

Libéral, libéralisme... des mots qu'on entend, qu'on lit partout. Mais d'où vient ce terme, et quels sont ses sens, au juste?

Le conflit polysémique propre au terme «libéral» tend à masquer un projet cohérent d'autonomie centrée sur le seul individu au détriment de l'intérêt général. Le libéralisme, considéré comme l'ensemble des doctrines qui tendent à garantir les libertés individuelles dans la société est en cela susceptible d'ambigüité, selon les critères que l'on attache à ces libertés. A ce titre, de la liberté d'expression à la liberté économique, fiscale ou religieuse, être libéral, de nos jours, ne revient-il pas à accepter, malgré la pertinence des Lumières, une définition de l'homme plus proche de l'utilité que de la liberté, de l'individu que du citoyen ?

L'unité du programme libéral : l'individu
Si le terme «libéral» fonde une doctrine arrivée en France au siècle des Lumières, c'est à la Glorious Revolution anglaise de 1688, précédant d'un an la signature par le prince d'Orange du Bill of Rights, qu'il doit son principe politique. S'agissant alors de la naissance du libéralisme comme méthode de rupture avec la monarchie absolue, un déplacement de souveraineté s'opère et marque un renversement radical puisque l'État a à charge désormais de protéger la liberté individuelle. Dès la glorieuse révolution anglaise, la défense de celle-ci prend donc le contre-pied de l'absolutisme monarchique par l'instauration juridique de la liberté d'expression et d'élection, de la presse et du Parlement. Mais l'essentiel, comme le théorise John Locke dans son Second Traité, revient à garantir la propriété privée de la personne, c'est-à-dire des biens et du corps de celle-ci. A ce titre, le libéralisme est politique puisqu'il dresse une théorie du gouvernement, de l'État et de la société civile. Néanmoins, l'État doit n'être pour lui que le garant de l'autonomie individuelle en protégeant la propriété de chacun. Ainsi, la loi est un instrument référé à l'intérêt particulier, bien qu'elle satisfasse cependant les exigences d'un libéralisme philosophique, caractéristique de la pensée des Lumières, en termes de tolérance, de respect d'autrui ou, bien sûr, de paix civile.


 

S'il est clair, par conséquent, que le programme libéral conçoit la politique sur une définition a priori de l'être humain comme un être libre avant d'être citoyen, et propriétaire avant d'être social, il va de soi que son projet s'attache à préserver les droits individuels et la coexistence pacifique pour assurer l'expansion de ses derniers. A ce titre, il n'est pas étonnant que Thomas Jefferson, lecteur d'Harrington et de Locke, ait exigé de l'État la garantie que tous les individus jouissent de leurs droits à la vie, à la sûreté, à la liberté, au bien-être et à la poursuite du bonheur (lire le Préambule de la Déclaration d'Indépendance de 1776). En ce cas, l'État s'en tient à un rôle minimal, préservant ainsi toutes les possibilités qu'un individu peut acquérir pour maximiser son bonheur, dans la paix civile, et l'accroissement de ses libertés par sa propriété. De fait, le libéralisme politique, appuyé par le libéralisme philosophique, déroule la possibilité juridique d'un libéralisme économique non entravé par les institutions, en ce qu'il garantit, dans le cadre de la paix civile et la protection des personnes (droits de l'homme), le progrès matériel par le biais du libre-échange et du commerce.
Ainsi, en tant qu'il constitue un emboîtement de sphères à sphères garantissant nécessairement l'extinction de toute référence à l'intérêt général comme aux valeurs sociales, le programme libéral diffère du républicanisme français en ce qu'il ne se fixe pas la recherche du bien commun (droits du citoyen), mais d'abord et avant tout la satisfaction de la liberté individuelle, ou dynamique objective de l'égoïsme, selon Jean-Claude Michéa (Impasse Adam Smith, p. 64). Sa référence est la société et non le peuple.


 

La liberté avant le libéralisme : les droits de l'homme et du citoyen
A ce titre, un exemple récent est donné par Bertrand Delanoë, dans son livre d'entretiens De l'audace !. Il utilise ainsi la référence des «États-Unis d'Amérique, le pays le plus libéral qui soit» (p.113) pour justifier par les droits de l'homme et la liberté individuelle la mondialisation, la discrimination positive (p.187) et l'adhésion à l'Europe «libérale» (p.44) contre le non français du 29 mai 2005. Pour lui, le libéralisme est à la fois la dignité du peuple tibétain (p.261), John Locke et Montesquieu, les valeurs humanistes et la mondialisation (p.286). De fait se déclare-t-il «libéral et socialiste», oubliant d'abord qu'il peut exister une liberté avant le libéralisme et ensuite un socialisme indépendant du programme libéral.
Jean Jaurès par exemple, expliquait, face aux attaques des libéraux, que la vraie liberté n'est pas dans le libéralisme de la propriété privée mais dans le socialisme de la propriété collective, donc sociale qui intensifie ensuite la liberté individuelle (lire Jean Jaurès, «Socialisme et liberté», in Revue de Paris, 1er décembre 1898).


 

De fait, la tradition républicaine rejoint cette pensée de Jaurès puisqu'elle défend les droits de l'homme et du citoyen. Elle refuse, en cela, de reconnaître la précession et l'hégémonie de l'individu sur le collectif, la Nation, la loi puisque, pour elle, vivre libre ne peut se faire sans la participation première au pacte social. Ainsi, alors que le libéralisme, dans son programme d'ensemble issu de la glorieuse révolution anglaise, limite l'intervention de l'État à la non-domination individuelle (d'où le couple libéral-libertaire favorable aux privatisations), le républicanisme, issu quant à lui de la Rome républicaine, juge la liberté à l'intensité de la citoyenneté, de l'espace public. L'individu vient ensuite, mais le citoyen est premier. Comme le note Claude Nicolet : aux yeux des Romains, restaurer la liberté c'est restaurer la respublica (Le métier de citoyen dans la Rome républicaine, «Libertas», p.434). En ce sens, bénéficier de la liberté d'expression, accroître sa propriété privée et faire du commerce n'est pas, dans la théorie républicaine, vivre libre mais être esclave si l'État dans lequel résident les citoyens n'incite pas à la liberté de penser, ne véhicule plus de lien social, de circulation entre le peuple et ses élus et soumet tout un chacun à la juridiction et au contrôle de quelques puissants auxquels tous sont subordonnés. La liberté, en cela, précède le libéralisme : l'individu n'est jamais libre a priori ou une bonne fois pour toutes. Au contraire, il ne le devient que par la participation aux lois de sa Cité.


 

Le phénomène libéral n'est donc pas, surtout aujourd'hui, synonyme de liberté. Certes, il influença dans la tradition républicaine les constituants français et permit, en cela, un décloisonnement de la société encore inconcevable sous l'Ancien Régime, par une expansion de l'individu alors confisquée. Néanmoins, l'expérience révolutionnaire fut aussi et surtout une expérience citoyenne ne limitant pas le rôle de l'État à l'intérêt particulier ou à la «main invisible» : elle forma un peuple et non une société, des citoyens et non des individus, la liberté et non l'utilité.

29.06.2008

Copé, l'homme qui voulait passer à la télé

 La suppression de la publicité à la télé lui a fait une pub terrible. Et tout le monde découvre ce Juppé avec le sourire, qui n'aime rien tant qu'occuper les médias. Mais pour y dire quoi, au juste?

Jean-François Copé est aujourd'hui aussi heureux qu'il était malheureux quand il apprit qu'il n'était pas retenu dans le gouvernement Fillon-Sarkozy. Il est plus heureux même, car, jubile-t-il : « Je suis plus présent dans les médias comme président du groupe UMP que lorsque j'étais ministre ». Et Dieu sait pourtant s'il a aimé être ministre (des Relations au Parlement, des Collectivités Locales, du Budget). Dieu n'ignore pas non plus combien il a adoré passer souvent à la radio comme à la télévision. Par plaisir et par calcul : ce fils de médecin est un enfant de la télé. Voilà ce que c'est quand les parents laissent leurs enfants devant la nourrice électronique… Copé est tombé dedans quand il était petit. Il a été saisi par sa magie, son impact : le pouvoir se prend et se garde par l'image. C'est ce qu'il a intuitivement compris et ce que Nicolas Sarkozy lui a confirmé…

Copé, c'est Juppé avec le sourire

Car l'ancien maire de Neuilly, avant de passer à Balladur, a en effet enseigné deux choses lorsqu'il a recruté cet énarque ambitieux dans la cellule de réflexion économique de Jacques Chirac en 1995. D'abord, Sarkozy lui a enseigné l'importance de la « 25e heure », qu'il fallait consacrer à ce que les autres n'avaient pas eu le temps de faire, sortir le chien, acheter des fleurs pour madame, finir un dossier, tous ces petits détails qui font la différence et vous rendent indispensable. Et ensuite, ce médiacteur incomparable lui a démontré la nécessité impérieuse de savoir communiquer.

« La communication, répétait-il dès cette époque, est à la guerre politique ce que l'aviation est à l'offensive, elle permet de nettoyer le terrain. Il faut bombarder large et … se mettre soi-même en avant». L'élu de Meaux qui, tout jeune, avait déjà joué l'Avare et qui, plus tard, récidivera à Bercy au Budget, n'avait pas besoin de beaucoup se faire prier. Il voulait incarner lui aussi la génération couleur après les gaullo-archéos en noir et blanc. Il a travaillé ses réseaux médiatiques, a changé son look, enlevé ses grosses lunettes de scaphandrier, coupé ses cheveux désordonnés, s'est sapé british dans les bleus télé comme ses yeux, et a abandonné la langue de bois, pour la langue boisée teck des hauts plateaux ; une langue bien rabotée, sans écharde, mais avec des sourires et de l'émotion dans les mots et sur les lèvres. Copé, c'est le beau techno sympa, pas seulement compétent, avenant ; un Juppé avec le sourire .

Il faut dire qu'il s'est sacrément rôdé comme porte-parole des gouvernements Raffarin 1 et Raffarin 2 puis Villepin. Il avait pris la tête au carré, enfin au rectangle. Dès qu'on ouvrait la porte, hop !, il vous sautait aux yeux tel un diable à ressorts. Il a même fallu le calmer. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, lui a enjoint de ne pas participer à la première émission de télé-réalité qui aurait mis en scène les hommes politiques au quotidien. « On ne va tout de même pas nous filmer en pyjama », avait intimé l'ancien chef du gouvernement. « Copé, disait-on alors à Matignon, serait prêt à se montrer en string ». C'était exagéré, enfin un peu. Le député de Meaux considérait alors qu'il lui fallait combler à grandes pelletées-télé son déficit de notoriété. D'où son angoisse de ne plus figurer dans le gouvernement alors que son rival, Xavier Bertrand, y décrochait un bon poste (Travail et Solidarité) et sa joie ensuite d'avoir retrouvé une place de choix sur la scène médiatique grâce à sa gestion « simili rebelle », comme il y a du simili cuir, du groupe UMP.

Copé, roi du renvoi d'ascenseur
« L'Aiglon de Meaux » a pris son envol sur le mécontentement des députés qui en ont marre d'être traités comme quantité négligeable. Il leur apporte de la considération et de la surface médiatique, ce dont ils rêvent eux aussi. C'est le système « Copé et Combaluzier » : tout renvoi d'ascenseur pour les plateaux-télé. Avec lui, sur les OGM, sur la réforme constitutionnelle etc., vous êtes sûr d'avoir droit à vos deux minutes de J.T. Et il allait donc de soi qu'il prenne la tête de « la commission télé, commission Copé ».

La suppression de la publicité, c'était encore le meilleur moyen de faire sa publicité. Car il en a besoin encore, même s'il a gagné plusieurs longueurs récemment dans la cote de popularité. Mais si sa tête commence à dire quelque chose, oui ce n'est pas Juppé ni Fabius, on ne sait pas qui il est vraiment. Un libéral social, mais qui se différencie en quoi de Sarkozy, alors que son credo, encore mis en exergue sur son site, est celui de la « réussite », pourtant préemptée par le président.

A force d'avoir porté la parole des autres en expliquant qu'elle était d'or alors qu'elle s'est révélée toc, on ne sait pas vraiment ce qu'il dit, à quoi il croit. Marie-Louise de Chirac, porte-flingue de Juppé, porte-parole de Raffarin puis de Villepin, que porte-il en lui ? Ce garçon, si compétent en tout et qui a réponse à tout, ne s'est jamais posé en s'opposant. Il a le temps, certes, puisqu'il n'a que 44 printemps et nous a donné rendez-vous pour 2017. Mais, s'il le faut, il se présentera à l'Elysée avant. Ça fait plus de trois décennies qu'il se prépare. Car il avait 10 ans quand il a juré, qu'un jour, il deviendrait président de la République … et de la télé !

28.06.2008

Eric Woerth croit encore aux mutuelles Père Noël

Sur RTL, le ministre du Budget a tenté de rassurer les patients sur le déremboursement des médicaments pour les affections de longue durée : les gentilles mutuelles s'occuperont de tout !

Dérembourser de 65% certains médicaments pour les patients atteints d'affections de longue durée (ALD), actuellement pris en charge à 100% par la sécurité sociale : l'idée, lancée hier comme si de rien n'était par le directeur de la Cnam (Caisse nationale d'assurance maladie) Frédéric van Roekeghem, a bien évidemment déclenché ce que les journaux appellent une « vive polémique ». Un vrai bordel, en fait. D'autant qu'hier soir sur France 2, Roselyne Bachelot en rajoutait en estimant que cette proposition « méritait d'être étudiée ». Du coup, ce matin, sur RTL, Eric Woerth, ministre du Budget, se voulait rassurant. Mais même s'il a fait mine de faire machine arrière, il a en fait bel et bien enfoncé le clou.

Nouveau concept : les mutuelles au grand coeur

Ainsi, le ministre a-t-il expliqué, en préambule, que seuls les médicaments qui « ne sont pas liés directement » à l'affection dont souffre le patient, les médicaments « de confort, d'accompagnement », étaient concernés. Sans préciser où commence le confort - là où s'arrête la douleur, peut-être ? Puis, Eric Woerth a promis que cette mesure « ne change rien pour le patient » : « les mutuelles prendraient le complément, donc le malade serait bien remboursé à 100% ». Il s'agit d'un simple « transfert entre l'assurance maladie et la mutuelle », « l'assuré social ne verrait pas la différence » a martelé le ministre du Budget. Oubliant au passage que 8% de ces patients n'ont pas de mutuelle !
Quant aux mutuelles, Eric Woerth assure, juré craché, qu'elles n'en augmenteraient pas pour autant leurs cotisations. D'où tient-il une telle certitude ? Pas des mutuelles, puisqu'il précise qu'« il faut en discuter avec elles ». De sa foi dans le grand cœur des complémentaires santé, sans doute !

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