08.07.2008

Hortefeux est le meilleur, vous ne le saviez pas?

Une belle journée d'autopromotion, hier, pour Brice Hortefeux (photo: JQ). Notre ministre de l'immigration et de l'identité nationale, vraiment très très très fier d'avoir fait avaliser son "Pacte sur l'immigration et l'asile" par ses partenaires de l'Union réunis à Cannes (mon article est ici, dans Libération), s'est dépensé sans compter pour expliquer aux journalistes à quel point il avait emporté un succès, que dis-je, un triomphe! Gentiment, une partie des médias a donc célébré son succès "historique" (le mot est d'Hortefeux himself): "une" du Monde de lundi (qui de façon assez ridicule annonce que le journal s'est "procuré" un document dont les différentes versions circulent librement à Bruxelles depuis plusieurs semaines...) et, bien sûr, "une" du Figaro ce matin (mais ça, c'est moins étonnant)...

Hier, vers 18 heures, une attachée de presse tendue (vraiment très tendue), vient chercher les seuls journalistes français pour un point de presse "off, bien sûr, afin de vous donner le temps de boucler vos papiers". Gentil. Mais un tantinet "ethnique" de la part de celui qui est censé présider le Conseil des ministres européens. C'est sans doute ça "l'identité nationale". Mais on ne rechigne pas: Hortefeux fuit habituellement la presse et on ne va pas bouder notre plaisir de pouvoir lui poser quelques questions bien senties sur ce Pacte dont on ne perçoit guère la portée par rapport aux textes qui sont déjà sur la table.

Une petite dizaine de journalistes français (en fait, un Belge s'est glissé dans le groupe) sont donc introduits dans l'enceinte où sont réunis les ministres. Dans une petite pièce, Hortefeux, accompagné de Patrick Stefanini, secrétaire général de son ministère (à droite sur la photo ci-dessus) et de l'un de ses conseillers, nous explique qu'il vient de vivre Austerlitz, pas moins. Il nous lit des citations de félicitations de l'ensemble des ministres présents. "Wolfgang Schaüble, le ministre allemand: nous appuyons sans réserve le Pacte. Il y a un parfait équilibre entre immigration et intégration. L'Espagnol: nous partageons les grandes lignes mais aussi les nuances. Le Néerlandais: le but est déjà atteint". Nous tentons de l'interrompre pour lui poser des questions. Il n'est pas là pour ça, mais pour que nous prenions des notes afin de chanter ses louanges. "Même le ministre chypriote, qui est communiste, cela devrait vous faire plaisir Monsieur Quatremer, me soutient". Moi, étonné: "c'est bien la première fois que l'on me dit que je suis communiste. Manifestement, on est toujours le communiste de quelqu'un"...

Au bout de cinq minutes, une fois la liste des félicitations ministérielles épuisée, nous sommes poussés dehors. Le ministre doit retourner en séance. Merci. Au revoir. Il disparait en nous laissant ahuris par cet exercice d'autocélébration hallucinant. Ca "off"? Il n'a pourtant rien dit. Et surtout pas un mot sur le fond, évidemment, le fond n'étant manifestement pas le sujet du jour: puisqu'on vous dit que c'est bien et que la France a relancé l'Europe!

Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Une heure et demie plus tard, conférence de presse finale. Et là, contrairement à tous les usages, Hortefeux, ne se tenant plus de joie, brise officiellement le secret des délibérations et se met à citer ses collègues, y compris Wolfgang Schaüble, le ministre allemand, qui est pourtant à ses côtés. Celui-ci, d'abord interloqué, se marre et confirme que la traduction française de ses propos est correcte...

Au-delà du ridicule de sa prestation d'hier, il faut cependant reconnaître un grand mérite à Hortefeux: il a su éviter à Nicolas Sarkozy un fiasco identique à celui de l'Union pour la Méditerranée. Contrairement à Henri Guaino, son "conseiller spécial", qui a essayé d'imposer un projet clefs en main aux partenaires de Paris, l'ancien député européen (très absent, mais ça acculture quand même), a eu la prudence d'effectuer un tour de l'ensemble des capitales avec un simple projet de texte, afin de négocier ce qui ne plaisait pas. Rien d'étonnant, dès lors, que tout ce soit bien passé hier, lors du premier examen du texte par les 27, lors de leur réunion informel de Cannes. Tout ce qui déplaisait, y compris l'interdiction des régularisations massives, a disparu ou a été atténué. "Historique" ce texte? Uniquement pour le service après-vente assuré par Hortefeux.

Ingrid, sais-tu où tu es ?

En cette 61ème semaine de Sarkofrance, il convient de présenter à Ingrid Betancourt ses nouveaux copains : Christine (Lagarde), Edvige (le fichier géant d'exploitation Documentaire et Valorisation de l'Information Générale), Brice (Hortefeux)…


La libération heureuse d'Ingrid Betancourt
fut l'évènement de la semaine. Depuis mercredi, l'univers médiatique s'est saisi de l'affaire. Vendredi 4 juillet, les chaînes d'information nous ont fait vivre un feuilleton. L'avion atterrit. Ingrid Betancourt en sort. Elle embrasse Nicolas Sarkozy qui l'attendait en bas des marches. Carla Bruni lui fait la bise. Déclaration au micro. Ingrid prend la main du Président. Quelques heures plus tard, les deux se retrouvent à l'hôtel Marigny. Déclaration «improvisée; Nicolas Sarkozy, son épouse chanteuse qui sort un disque dans 8 jours, Bernard Kouchner, Rama Yade, les enfants de l'ex-otage et quelques autres sont sur l'estrade. Les soutiens d'Ingrid Betancourt applaudissent à chaque pause. Les paroles de l'ex-otage sonnent juste, parfois maladroites d'un trop plein d'émotions. Sarkozy a chaud.

Sarkozy a eu chaud.

Il n'y est pour pas grand chose dans cette libération. Il s'est activé. C'est tant mieux. C'est aussi son boulot. La presse étrangère s'amuse de sa surprise. Il ne savait pas. C'est peut être la vraie surprise de la journée. Quand un journaliste lui demande s'il était au courant, il répond par la négative. Quand les rumeurs de rançons versées par les Etats Unis font surface, le Ministère des Affaires Etrangères se dégage encore plus : «N'ayant pas été associés à cette opération, nous n'avons pas été associés à ses modalités de financement, si tant est qu'il y ait eu des modalités de financement».

Nicolas Sarkozy a vraiment eu chaud.

La semaine avait extrêmement mal débuté pour le Président.

Certains pouvaient louer son activisme des jours précédents. En quelques jours, quelques heures, couacs et obstacles se sont multipliés. Lundi, le chef de l'état major de l'armée de Terre a démissionné. Les attaques verbales présidentielles après le dramatique fait divers de Carcassonne ont eu raison de lui. L'armée souffre du Sarkozysme. Mardi, la France a pris la Présidence de l'Union Européenne pour 6 mois. Le même jour, le Président polonais a refusé de signer le Traité de Lisbonne. Pris à parti par Sarkozy ces derniers jours sur les négociations agricoles à l'OMC, le commissaire européen Peter Mandelson, en charge du Commerce, lui a répliqué simplement : le président Français «base ses chiffres sur un scénario erroné.» Une manière diplomatique de dire qu'il ment. Mardi toujours, le patron des chaînes publiques de télévision a mis sa tête sur le billot. La veille, Nicolas Sarkozy s'était invité sur le plateau de France 3 pour ne pas répondre aux questions d'Audrey Pulvar et avait critiqué les programmes de France Télévisions.

Grâce à Ingrid Betancourt, les Français ont pu oublier quelques instants la dure réalité. A Ingrid de découvrir maintenant
dans quel pays elle met les pieds.

Ingrid ne connaît pas Christine
Pour gagner moins, il faut travailler plus. Le constat a peu à voir avec le dispositif de défiscalisation des heures supplémentaires mis en place par le gouvernement en octobre dernier. Ce dernier plombe les comptes de la Sécu et des retraites d'environ 150 millions d'euros par mois. Le pouvoir d'achat est en berne, on le sait. Pourtant, la ministre de l'Emploi Christine Lagarde se félicite d'une hausse d'heures supplémentaires. Elle omettait de préciser que cette hausse avait démarré avant le dispositif gouvernemental d'octobre 2007. Vous avez bien lu. On travaille plus pour gagner ... moins. L'inflation générale y est pour beaucoup. le gouvernement joue sa parti également. Il encourage le déremboursement des frais médicaux, y compris pour les diabétiques et les cancéreux.

Ingrid ne connaît pas Edvige
Depuis le 27 juin, les adolescents peuvent être fichés dès 13 ans. Ce fichier s'appelle Edvige, pour Exploitation Documentaire et Valorisation de l'Information GEnérale. Il sert à « centraliser et analyser les informations relatives aux personnes physiques ou morales ayant sollicité ou exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif... », et « analyser les informations relatives aux individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l'ordre public.» La même semaine, la nouvelle Direction Centrale du Renseignement Intérieur a été créée. Elle rapporte au Président. Nulle inquiétude. C'est pour mieux lutter contre les méchants terroristes. A lire ses missions, certains blogueurs pourraient s'inquiéter: cette DCRI assurera «la surveillance des mouvements subversifs violents et des phénomènes de société précurseurs de menaces». Sommes-nous subversifs et porteurs de menaces ?

Ingrid ne connaît pas Brice.

Brice Hortefeux est ce ministre d'Etat, dont la caricature aux Guignols de l'Info sur CANAL+ sue à grosses gouttes en permanence qui est charge de défendre l'identité Nationale française. L'immigration est le sujet central de la présidence Française de l'Union Européenne. Nicolas Sarkozy a annoncé son programme. Il semble vouloir gagner là-bas (à Bruxelles) ce qu'il a perdu depuis longtemps ici : la crédibilité. Les Européens accepteront-ils de «partager la honte; d'une politique d'immigration choisie qui expulse des parents sans leurs enfants ? Nos voisins ont d'autres priorités, tels le déblocage institutionnel de l'Union. Pas Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux. Cela fait 18 mois que l'Etat français traque en vain des clandestins. Il agite la menace d'une immigration galopante. Il en est réduit à expulser des parents à la sortie des écoles. Ingrid découvrira que près de la moitié des expulsions de clandestins en 2007 ont été effectués... à Mayotte. L'immigration est un sujet de divertissement pour Nicolas Sarkozy.

Ingrid Betancourt a beaucoup à découvrir sur la France de 2008.

Espérons qu'elle gardera sa lucidité.

Heures sup : intox et vieilles dentelles

Le bruit médiatique orchestré par Christine Lagarde autour de la pseudo réussite des heures supplémentaires aurait dû faire bondir les journalistes. Mais rien. Sont-ils tous déjà en vacances?

Jusqu'à quand accepterons-nous d'être pris pour des gogos ? La question se pose en effet lorsqu'on considère la capacité du pouvoir à nous servir - à vous, à moi, aux autres citoyens - des fausses vérités, des demi-mensonges avec un culot du diable. La semaine passée, nous en avons eu un bel exemple :
Jeudi, Christine Lagarde a convoqué les journalistes en toute urgence. Dame, que les mails partent de Bercy à 14h08 pour un événement prévu à 15 heures, c'est que ce devait être important ! Ingrid Betancourt étant déjà libérée, Florence Aubenas à l'abri au Nouvel Observateur, qu'est-ce que la (« le », dit-elle) ministre allait annoncer de si important ? Tout simplement qu'on avait de nouveaux chiffres sur les heures supplémentaires. Vous savez, la mesure chérie de l'UMP, incluse dans le « paquet fiscal. » Grâce à une étude toute fraîche, notre toujours aussi élégante et souriante vedette de Bercy avait le plaisir d'apprendre à la nation que les heures sup avaient fait un bond de 40,3% entre le premier trimestre 2007 et le premier trimestre 2008. Alléluia !
Mais lorsque les journalistes consciencieux demandent une copie de ladite étude, issue de la Dares (service de recherche du ministère de l'emploi), l'oukase tombe: impossible, elle est sous embargo jusqu'à demain !
On comprend mieux lorsqu'on la lit (Premières synthèses N°28.2). Car si l'étude en question montre bien une forte augmentation du nombre d'heures supplémentaires effectuées par les salariés à temps complet dans les entreprises de 10 salariés ou plus, elle se termine par une « note de méthode » sibylline (ou incompréhensible, au choix) dont nous extrayons le (large) passage suivant :

« Des travaux d'analyse menés par la Dares montrent que toutes les heures supplémentaires ne sont pas déclarées par les entreprises à l'enquête Acemo. Il apparaît notamment que les entreprises déclarant une durée hebdomadaire collective de plus de 35heures omettaient sur les années récentes de déclarer à l'enquête une partie des heures supplémentaires régulièrement travaillées, dites «structurelles». L'entrée en vigueur à par- tir du 4ème trimestre 2007 des mesures sur les heures supplémentaires de la loi en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat (TEPA) du 21août 2007 a vraisemblablement réduit ce biais de sous-déclaration à l'enquête: les allègements de cotisations sociales qui y sont liés amènent désormais les entreprises à recenser avec plus de précision les heures supplémentaires. Cela influence l'ampleur des évolutions constatées entre les périodes antérieures à l'entrée en vigueur de ces dispositions et les périodes ultérieures. En outre, dans le secteur des hôtels, cafés et restaurants, l'invalidation du régime d'équivalence fin 2006 a requalifié les heures travaillées entre la durée légale et la durée équivalente en heures supplémentaires «structurelles». En effet, le principe d'une durée équivalente reposait sur la prise en compte de périodes d'inactivité des salariés (heures creuses). La durée équivalente était donc supérieure à la durée légale. Cette invalidation a eu un impact progressif au cours de 2007 sur
les déclarations des heures supplémentaires par les entreprises
».

Traduction : primo, l'enquête de la Dares, effectuée auprès de 24000 entreprises, est entachée d'un énorme biais statistique, et n'est donc pas très fiable. Secundo, pour les hôtels, cafés et restaurants, du fait d'un changement de législation en 2006, on ne saura jamais rien de la progression des heures sup. Tertio, depuis des années, des entreprises trichent, ne déclarent pas les heures supplémentaires, les rémunèrent encore moins à leur juste valeur, bref « grugent » les salariés. On peut d'ailleurs en conclure qu'une partie indéterminée des 4,5 milliards d'euros d'argent public prévus par la loi TEPA au titre de l'exemption fiscale et sociale des heures sup', va servir de fait à « blanchir » une pratique de voleurs, qui plus est en réunion !

De telles pratiques de « com' », à partir de la rétention des statistiques publiques, qui sont la propriété de tous et pas de la seule ministre, devraient faire bondir les confrères. Hélas, les médias s'en fichent, ou contournent le problème. Il suffit de consulter « Les Echos » du 5 juillet. Malgré un papier très honnête et intelligent de Lucie Robequain, qui s'était procuré l'étude de la Dares (heureusement, il y en a qui font leur travail !), l'article est titré : « Bercy affiche une augmentation des heures supplémentaires de 40% en un an ». Alors que le papier explique plutôt « pourquoi on ne peut pas savoir… »
Les mêmes Echos engageaient le 3 juillet une campagne, télécommandée par Bercy, le Medef et l'Institut de l'Entreprise, pour la réforme de l'enseignement de l'économie au lycée, qualifié de « théorique, lourd et inefficace ». Les « profs d'éco » seraient de dangereux crypto-marxistes qui n'entendent rien à l'économie de marché, c'est le discours dominant. Mais avant de s'en prendre aux profs, si l'on commençait par réformer le journalisme économique ?

 

Sommet du G8 au Japon: qui dirige réellement la planète?

Le G8 qui s'est ouvert lundi sera peut-être le dernier du genre. Sans la Chine, l'Inde ou le Brésil, quelle est sa légitimité?

Pendant longtemps, le G8 (autrefois G7) a véhiculé le fantasme du "directoire du monde". Aujourd'hui, les dirigeants des pays dits les plus industrialisés de la planète s'interrogent ouvertement sur la pertinence de leur structure en l'absence des puissances émergentes comme la Chine, l'Inde ou le Brésil. Le G8 qui s'ouvre lundi sur l'île d'Hokkaido, au nord du Japon, sera peut-être le dernier du genre. Reste une question: qui dirige réellement le monde aujourd'hui?

A quoi sert le G8?

C'est au cerveau fécond de Valéry Giscard d'Estaing que l'on doit le concept de réunir, initialement "au coin du feu" (on était à Rambouillet), les dirigeants des cinq premières puissances économiques mondiales -c'était en 1975- pour discuter des questions monétaires et financières en des temps turbulents de lendemains du premier choc pétrolier (1973).

Mais très vite ce G5 est devenu G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume Uni, Italie, Canada) et a élargi ses sujets de discussion (sida, drogue, environnement…). Très vite aussi, les réunions "au coin du feu" sont devenues de véritables sommets planétaires, avec des "sherpas" (conseillers) pour les préparer tout au long de l'année, des délégations de plus en plus grandes, des dizaines de milliers de journalistes, de manifestants, de policiers…

Dans les années 80, les déclarations finales du G7 ont commencé à ressembler à un "discours sur l'état du monde" vu par les pays riches et puissants (les Occidentaux plus le Japon pour faire court), avec un point de vue sur tout et des recommandations âprement négociées pendant des mois et avalisées par les chefs d'Etat et de gouvernement sans même discussion. A cette époque, assurément, il y a eu la tentation, en particulier à Washington, d'en faire le "directoire mondial", déplaçant le centre de gravité des décisions de l'ONU vers le G7.

La fin de la guerre froide a une première fois changé la donne, avec l'invitation faite à Mikhaïl Gorbatchev de se joindre au club, d'abord comme "ami invité" à un bon repas (ce fut le cas en juillet 1989 à Paris, pour le G7 qui coïncidait avec le bicentenaire de la Révolution française). Puis, à partir de 1996, la Russie rejoint ce qui devient alors le G8.

Paradoxalement, plus il s'est élargi, plus le G8 a perdu de sa pertinence et est devenu un cirque annuel dont les décisions n'avaient que peu d'impact. Certes, les discussions entre "maîtres du monde" sont utiles, mais les déclarations de fin de G8 depuis dix ou quinze ans sont un catalogue de promesses non tenues (vis-à-vis de l'Afrique, par exemple) ou de vœux pieux sur les grands conflits de l'heure.

Après le G8, le G13, G20, G combien?

La poussée des pays émergents, comme la Chine, l'Inde, le Brésil, ou encore la Corée du Sud, et même l'Afrique du Sud, a rendu de plus en plus anachronique ce club de dirigeants blancs (à l'exception du Japon) repus qui prétendait régir la planète. On a donc commencé à inviter la diversité du monde à l'heure du dessert, pour une concertation et une belle photo de famille multicolore.

Aujourd'hui, cette phase de transition touche à sa fin. Le G8 n'a plus de sens en restant un club fermé non représentatif -l'Italie en fait partie mais pas la Chine ou l'Inde- et tout le monde sent bien que s'il ne changeait pas, ce format tournerait à la farce plus encore qu'à l'obscénité.

C'est là que les problèmes commencent. Quels pays inviter à se joindre au club, et surtout, pour quoi faire? Il y a les évidents: la Chine, l'Inde et le Brésil, les trois autres membres des "Bric" (Brésil, Russie, Inde et Chine) qui sont les nouvelles puissances économiques du XXIe siècle. Mais comment s'arrêter là? Le Mexique s'impose au côté du Brésil pour l'Amérique latine. Et l'Afrique? Elle vivrait mal d'en être écartée: l'Afrique du Sud, malgré ses problèmes, est le candidat naturel du continent noir, même si le Nigeria, le pays le plus peuplé d'Afrique, aimerait le contester ce rôle. On est donc déjà à treize pays. Et qui des puissances financières colossales du Golfe, devenues incontournables?

Au G8 de cette année, le Japon a également invité trois autres pays pour cette concertation d'après sommet: l'Australie, la Corée du Sud et l'Indonésie, pour un G13+3 à coloration nettement plus Asie-Pacifique, plus représentative de la tendance de l'économie mondiale. Sept pays africains (Afrique du Sud, Algérie, Sénégal, Ghana, Tanzanie, Nigeria, Ethiopie) participent par ailleurs lundi à une réunion spéciale sur l'aide au développement, sur fond de promesses non tenues par les pays développés.

On en arrive donc à une sorte de G20 au minimum, pour assurer une représentativité relative de la diversité du monde, des nouveaux pôles économiques et politiques de la planète.

Pourquoi le G8 et pas l'ONU?

La vraie question est là: élargir le G8 d'accord, mais pour quoi faire? Pourquoi créer une autre structure au lieu de réformer le système des Nations unies, certes imparfait, mais qui a le mérite d'exister et qui permet à tous les Etats de se faire entendre?

L'ONU a assurément plus de légitimité que le G8/G20 pour être le "directoire mondial". C'est une organisation universelle, qui traite -en principe- tous ses membres à égalité. Le problème est que les Nations unies ont été paralysées ou inefficaces pendant la majeure partie de leurs soixante ans d'histoire. D'abord par la guerre froide, puis par le torpillage délibéré de la superpuissance américaine, et aujourd'hui encore par les puissances émergentes ou retrouvées de la Russie et de la Chine (voir l'exemple du Zimbabwe en ce moment, de la Birmanie hier, etc.).

Réformer l'ONU s'est révélé une mission impossible. Kofi Annan s'y est cassé les dents, ne parvenant pas à faire passer sa réforme du Conseil de sécurité et du droit de veto représentatif du monde d'hier, pas d'aujourd'hui. La Chine n'a pas voulu y faire entrer le Japon, les Latino-américains se sont neutralisés sur leur choix, et les Européens, Français en tête, se sont accrochés à leur sureprésentation.

Alors exit l'ONU au profit du G20? C'est aller un peu vite en besogne. L'ONU reste un outil de légitimation international sans équivalent. Une résolution du Conseil de sécurité peut décider de la paix ou de la guerre, même si sa mise en œuvre est délicate. Une déclaration du G8 actuel ne vaut que le poids du papier sur lequel elle est imprimée. Faire passer la légitimité d'une instance à l'autre est à manier avec précaution, on sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qui va émerger à la place.

Alors, finalement, qui dirige le monde?

C'est peu dire qu'on est dans une phase de transition du monde dans laquelle tout est fluctuant. Les instances de régulation mondiale sont dans l'impasse: l'ONU, on l'a vu; mais aussi le FMI dépassé par le monde réel de la finance, ou l'OMC qui ne parvient plus à conclure son nouveau "round".

Où se trouvera le centre de gravité de demain? Paradoxalement, l'une des structures qui se réorganise activement est l'Otan, passée en quelques années de bloc de défense de l'Europe de l'Ouest face aux chars soviétiques et qui n'a jamais tiré un coup de feu à l'époque de la guerre froide, à bras armé de l'Occident aux quatre coins du monde, et en particulier en Afghanistan face aux islamistes.

C'est un paradoxe car les Etats-Unis, dont on pensait après l'effondrement soviétique qu'ils étaient la seule "hyperpuissance", selon le mot d'Hubert Védrine, se sont eux-même dévalorisés sous l'administration Bush, en particulier avec leur enlisement en Irak dont ils ne sont pas près de sortir. Mais dans le même temps, ils ont consolidé l'Alliance atlantique, qui est aujourd'hui prête à intervenir dans ce qui était autrefois considéré "hors champ", c'est-à-dire le reste du monde. Et la France s'apprête à réintégrer le commandement militaire intégré de l'Otan sous contrôle américain, rentrant ainsi dans le rang occidental pour le plus grand bonheur des Etats-Unis.

Une instance de concertation mondiale autour d'un G8 élargi à une vingtaine de pays, et une Otan, bras armé de l'Occident transformée en gendarme du monde: est-ce à cela que ressemblera le monde de demain? Difficile d'y voir un gage de stabilité et de progrès… La seule certitude est que l'organisation actuelle du monde prend l'eau de toutes parts et qu'il est urgent d'en inventer une autre.

 

G8

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L’augmentation des droits d’inscription à l’université : encore une mauvaise initiative

Les droits d’inscription à l’université pour l’année 2008-2009 vont augmenter de 2,5% pour la licence et de 5% pour le master et le doctorat. Un étudiant qui s’inscrit en licence devra acquitter 169 euros, un étudiant de master, 226 euros, et un doctorant 342 euros.

Cette annonce formulée au mois de juillet par le gouvernement au terme de six années d’aggravation de la situation des conditions de vie dans les universités françaises, montre que la droite néglige l’enjeu social, économique et scientifique d’une réelle démocratisation de l’enseignement supérieur.

Alors que l’heure serait à l’effort financier et humain en direction de l’université, cette augmentation des droits d’inscription tourne le dos à l’objectif de réussite du plus grand nombre ; elle contribue encore à dégrader le pouvoir d’achat.

Le Parti socialiste rappelle que la priorité de l’enseignement supérieur reste une nécessité pour la justice sociale et l’efficacité économique.

07.07.2008

La Poste veut changer de statut pour devenir une société anonyme

La Poste, la première entreprise française avec 300000 salariés, pourrait bientôt changer de statut. Selon nos informations, le président de l'entreprise publique, Jean-Paul Bailly, a mis à l'étude la transformation du groupe, aujourd'hui doté du statut d'exploitant autonome de droit public – assimilable à celui, plus connu, d'Etablissement public industriel et commercial (Epic) – en une société anonyme (SA).

Ce projet, très délicat à mener sur les plans juridique et surtout, politique et social, est élaboré depuis plusieurs mois dans la plus grande discrétion. La Poste s'est entourée de conseils, parmi lesquels la banque d'affaires Rothschild et le cabinet de juristes Baker & Mc Kenzie. Le ministère des finances, Matignon et l'Elysée en ont été mis au courant. Plusieurs réunions de travail ont eu lieu avec des représentants du gouvernement, pour examiner l'opportunité d'un tel changement et le cas échéant, son calendrier.

Pour l'opérateur public postal, l'adoption du statut de SA – une société commerciale dont le capital est détenu par des actionnaires – serait devenue une nécessité, pour affronter la libéralisation totale du marché du courrier prévue en 2011.

Lestée par une dette de 5,8 milliards d'euros, qu'elle s'efforce d'alléger d'un exercice à l'autre, La Poste s'estime aujourd'hui pénalisée face à ses concurrents pour financer sa croissance. Elle est l'un des derniers opérateurs postaux européens à ne pas avoir été transformé en société par actions, dans le cadre d'un mouvement amorcé au milieu des années 1990 dans les pays nordiques qui a, depuis, gagné l'Allemagne et l'Italie.

Le règlement du dossier des retraites à la faveur d'un chèque de deux milliards d'euros payés à l'Etat en 2006, et contre la promesse du versement d'un dividende régulier, en outre, a pesé sur ses comptes.

L'idée de M. Bailly serait de profiter de la transposition en droit français de la troisième directive postale, qui va libéraliser le marché, pour prendre le statut de SA. Le passage du texte au Parlement pourrait intervenir dans le courant du premier trimestre 2009.

Le dossier, cependant, est loin d'être tranché car il renvoie aux choix de politique économique du gouvernement. La question de la transformation de La Poste en SA appelant celle de sa privatisation, fut-elle partielle, le gouvernement doit, en effet, décider s'il décide d'en garder 100 % du capital, ou d'en céder une partie à des investisseurs privés sur le marché.

Interrogé sur ces orientations, un conseiller de l'Elysée indiquait, jeudi 3 juillet, qu'"il paraîtrait assez naturel que La Poste change de statutdans le contexte de mise en concurrence", mais précisait "ne pas avoir été officiellement saisi de la question". Rendant compte des premiers échanges entre La Poste et le gouvernement, une autre source précisait que "le changement de statut est perçu comme inéluctable, la seule interrogation portant sur le moment opportun pour le faire".

Toujours selon nos informations, et alors que les discussions s'engagent à peine, un schéma jugé acceptable par toutes les parties serait d'annoncer la modification du statut de La Poste, en même temps qu'une ouverture du capital limitée, du groupe. Cette privatisation partielle pourrait être ouverte aux investisseurs institutionnels et aux particuliers sur le marché financier, avec une part significative d'actions réservées aux salariés, comme ce fut le cas lors de la mise en Bourse d'EDF, en novembre 2005 (2 % du capital environ pour les salariés).

L'adhésion des salariés de La Poste au projet constituerait, en effet, une garantie de bon déroulement de l'opération. Pour que celle-ci soit comprise du grand public et des parlementaires, très attachés à la défense des services publics de proximité, et tout particulièrement à La Poste, les dirigeants de l'entreprise publique verraient, en outre, d'un bon œil la constitution d'un actionnariat populaire important.

Quelle que soit l'option retenue, souligne un proche du dossier, "l'Etat restera majoritaire dans le capital. La Poste devenue société anonyme restera une entreprise à capital public". La question d'une prise de participation de la Caisse des dépôts (CDC), dont l'Elysée veut accentuer la position d'investisseur de long terme dans les grandes entreprises françaises, devrait alors probablement se poser.

En 1996, France Télécom avait adopté le statut de SA puis avait ouvert son capital un an plus tard, à hauteur de 20 %, dont près de 3 % avaient été réservés au personnel. Autour de Lionel Jospin, alors premier ministre, et pour apaiser la controverse sur la privatisation de l'opérateur de télécommunications, la gauche avait employé le terme de "sociétisation".

L'évolution du statut de La Poste et de son capital promet toutefois de faire grincer des dents auprès des syndicats du groupe, attentifs au devenir du service public postal sur tout le territoire, au maintien de l'emploi. Ils sont notamment préoccupés par la priorité donnée à la rentabilité des opérations sur la qualité des services. Ils n'ont de cesse de dénoncer la primauté d'une logique financière, induite par la libéralisation du marché.

Sarkozy: «Désormais, quand il y a une grève, personne ne s'en aperçoit»

Preuve pour le chef de l'Etat que la France «change beaucoup plus profondément qu'on ne le croit». Le Président, qui s'exprimait devant le Conseil national de l'UMP, a également remis en cause les taux de la Banque centrale européenne.

Lors du Conseil national de l'UMP  samedi matin, Nicolas Sarkozy, président en exercice du Conseil européen depuis le 1er juillet, s'est adressé à ses partenaires européens: "Je veux leur dire que la France est en train de changer", et cela "beaucoup vite, beaucoup plus profondément qu'on ne le croit. Désormais, quand il y a une grève, personne ne s'en aperçoit". Ces derniers mots lui attirant les applaudissements des quelque 2000 cadres et conseillers nationaux de l'UMP qui composaient l'assistance. 

"Pourquoi fait-on de la politique ? (...) Pourquoi postule-t-on à des responsabilités premières dans un pays ou à la tête de l'Europe, si ce n'est pour résoudre les problèmes ?", s'est interrogé le chef de l'Etat. "Moi qui ai été élu pour agir, j'ai été élu pour conduire une politique sans précédent dans notre pays."

"Désormais, on peut dire que le problème de la France, c'était qu'on ne travaillait pas assez, alors que le monde ne nous attend pas. On peut réformer profondément les 35 heures, désormais on peut faire la politique pour laquelle on a été élu", a-t-il insisté.

Nicolas Sarkozy s'est ensuite demandé s'il était "raisonnable" d'avoir des taux européens à 4,25 %, seuil auquel les a porté jeudi la Banque centrale européenne. "J'ai été de ceux qui ont voté pour l'indépendance de la BCE, je ne le regrette pas (...) j'ai été de ceux qui ont voté pour l'indépendance de l'euro, je le regrette pas", a assuré le chef de l'Etat. "Mais quand même, sans remettre à bas tout ce à quoi je crois, je suis légitime, en tant que président de la République française, de me demander s'il est raisonnable de porter les taux européennes à 4,25 alors que les Américains ont des taux à 2%", s'est-il exclamé.

Sur le traité de Lisbonne, Nicolas Sarkozy a appelé la Pologne à ratifier: "Le président Kaczynski est un homme honnête et c'est un homme d'Etat: il a signé à Bruxelles, il doit ratifier à Varsovie, c'est une question de morale."

Ecouter les élus locaux

La première mission de la défense nationale n'est pas l'aménagement du territoire, comme l'ont rappelé le président de la République et le ministre de la défense. L'Etat peut-il pour autant s'exonérer de toute responsabilité dans l'avenir des collectivités locales, à qui la restructuration des armées va faire perdre une garnison, un régiment et, par voie de conséquence, une école ? A l'évidence, non.

Si le concept de solidarité nationale a un sens, celle-ci doit s'exercer envers les régions de l'Est, hier victimes des restructurations industrielles et menacées, maintenant, par la révision de la carte militaire. Mais la solidarité est nécessaire aussi pour les villes qui ont perdu des tribunaux, quelquefois des administrations, et qui peuvent être concernées par les fermetures d'hôpitaux.

Le rôle de l'Etat et de son chef n'est pas de mener à bien l'assainissement des finances publiques en s'en prenant tour à tour, tel un Père Fouettard, à chaque catégorie concernée - l'armée, les élus, etc. -, mais d'amortir des chocs inévitables. Ce n'est pas non plus de laisser la voie libre à des processus de désertification économique et démographique. Il appartient, au contraire, aux pouvoirs publics d'accompagner le mouvement de reconquête du territoire qui s'amorce depuis plusieurs années.

Rendue possible par les progrès accomplis dans la mobilité et la communication - virtuelle ou réelle, informatique ou ferroviaire -, cette tendance est encouragée par les effets pervers de l'hyperconcentration urbaine. Pour des régions entières, pour des villes petites ou moyennes, l'arrivée de nouveaux habitants, quittant les grandes agglomérations, est une nouvelle chance. Encore faut-il que les ménages et les entreprises y trouvent services et infrastructures. Les maires ne peuvent donc pas rester sans réagir face aux fermetures de services publics qui frappent certaines villes : après le Trésor, le tribunal, puis la caserne, sans oublier, parfois, les transports en commun locaux.

Alors que le gouvernement lance contre les collectivités une véritable campagne de dénigrement, en les accusant en bloc d'être trop dépensières, M. Sarkozy semble vouloir faire peser sur les élus locaux - dont il n'échappe à personne que beaucoup sont de gauche - la charge de sa politique de rigueur. C'est injuste et dangereux pour l'activité économique comme pour la cohésion sociale.

La Poste ...

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