17.05.2008

Les députés UMP déterrent la hache de guerre contre le grand sachem Sarkozy

Avec les coups de théâtre de la loi sur les OGM et de la réforme des institutions, de nombreux députés et sénateurs UMP affichent désormais clairement leur résistance à un système sarkozyste qui voudrait les réduire au silence.

Le dernier pow wow des députés UMP a donné le ton : pour défendre leur tribu, il faut déterrer la hache de guerre. Coincés entre le «brejnevien» Devedjian et les sentinelles sarkozystes Xavier Bertrand et Frédéric Lefèbvre au siège du parti, Copé et ses troupes revendiquent leur indépendance et réclament plus de pouvoir pour les parlementaires ainsi qu'une refonte d'un parti de conquête qui a perdu toute raison de vivre. Entre déclarations chocs et votes critiques, ils dessinent ce qui pourrait bien devenir le nécessaire contrepoids au sarkozysme dans une droite française en crise.

Hervé de Charrette, Taureau centriste
Grand chef des centristes au sein de l'UMP, où il préside le courant Convention démocrate, le très écouté député du Maine-et-Loire a fait bruyamment connaître son opposition au projet de réforme des institutions : «le Président peut compter sur notre soutien mais ni sur notre silence, ni sur notre servilité», a-t-il déclaré à Libération.fr. Soutenant le principe de «coproduction législative» amené par Copé pour renforcer le rôle des parlementaires dans l'élaboration des lois, il est en première ligne pour la réforme de l'UMP comme un parti de courant… où il aurait toute légitimité pour faire vivre le noyau centriste.
Jean-François Le Grand, Mouette protectrice
Au Sénat, Le Grand est surtout connu pour son engagement anti-OGM, qu'il cultive par son appartenance à de nombreux groupes d'étude sur l'eau, les techniques agricoles, etc. Alors que le pro-OGM Jean Bizet, également sénateur de Normandie, est nommé rapporteur de la loi sur les semences génétiquement modifiées et introduit le «délit de fauchage», Le Grand prône l'activation de la clause de sauvegarde avant de dénoncer, le 2 avril, les «députés actionnés» par les groupes semenciers. Le vote défavorable en deuxième lecture à l'Assemblée a remis du baume au cœur à celui qui fut longtemps isolé : il fait aujourd'hui figure, à l'instar de Fabienne Keller et François Grosdidier, de fer de lance de la vigilance écologique à droite face à la tentation des lobbys!
Jacques Myard, Belette hargneuse
Avec 7 membres présents, il fallait qu'au moins 3 des UMP s'associent au seul député d'opposition à la Commission des Affaires étrangères pour rejeter le projet de réforme des institutions dans la nuit du 14 au 15 mai : Jacques Myard était de ceux-là. «Si le groupe majoritaire colle à tout ce que dit le président de la République, le rôle du Parlement ne sera pas revalorisé !», expliquait-il au Point.fr. Grognard en chef, qui avait dénoncé sur Marianne2 la lâcheté des députés qui n'avaient pas eu «de couilles au cul» pour exiger qu'on les consulte sur l'envoi de troupes en Afghanistan, le député des Yvelines est souvent considéré par ses collègues comme le possible pilier d'un courant «gaulliste historique» au sein de l'UMP.

Jean-François Copé, Renard ambitieux
Applaudi par ses confrères quand il a pris la parole face à François Fillon sur «l'incident» du texte sur les OGM, Jean-François Copé est désormais légitimé comme chef indépendant du groupe UMP. Initiateur du principe de «coproduction législative» pour réintégrer les députés au débat sur les réformes, il n'a pas hésité à organiser la très polémique réunion UMP-PS dans les sous-sol de l'Assemblée, perçue à l'Elysée comme une haute trahison. Qu'importe, il ne manque pas de gardes du corps, comme Claude Goasguen, député de Paris, qui dénonçait les «quelques connards» de l'Elysée qui ont tapé sur les doigts de son patron. Déclaration vivement applaudie lors de la réunion du groupe parlementaire UMP où elle fut prononcée.

Christian Estrosi, Loutre opportuniste
Attention, faux ennemi ! Contrairement à ce que pourraient laisser penser les mots très durs du nouveau maire de Nice à l'attention de l'UMP, Christian Estrosi ne s'en va pas titiller Sarkozy. De même que sa sortie sur le manque de démocratie interne à l'UMP n'était qu'un message haineux à Patrick Devedjian, les nouvelles attaques contre son parti qui ne serait utile «ni à Sarkozy, ni à la vie politique» interviennent opportunément alors qu'une législative partielle va probablement le faire élire dimanche 18 mai député des Alpes-Maritimes. Avoir un député qui étrille un parti majoritaire «coupé de sa base», c'est toujours vendeur au niveau local.

 
Villepin, Héron patient, profitera-t-il de la disposition des Esprits pour revenir chasser le bison sarkozyste ?
Nicolas Dupont-Aignan, Hibou persévérant
Anti-sarkozyste historique, l'acharné député non-inscrit de l'Essonne revient tout doucement sur le devant de la scène parlementaire à mesure qu'élus et médias affichent de plus en plus leur désamour vis-à-vis de Sarkozy. Par ces temps de contestation, on se demande bien qui le rejoindra dans les listes qu'il compte monter pour les élections européennes.

Dominique de Villepin, Héron patient ?
Grosdidier, Grand, Mariton… Ils sont de tous les coups et portent en eux l'espoir secret du retour sur scène de leur maître à contester. Resté silencieux depuis l'appel Républicain qu'il avait signé dans Marianne, Dominique de Villepin arriverait aujourd'hui comme chez lui dans cette droite en révolte. Peut-être, d'ailleurs, n'attendait-il que ça.

Sarkozy remonte sur le ring contre les grèviculteurs

Pour la première fois, Nicolas Sarkozy a fait une déclaration impromptue en direct depuis l'Elysée alors que les manifestants étaient encore dans la rue.

Les manifestants arrivent place de la République à 16H30, fin du trajet qui était parti de la place d'Italie. 18 000 selon la police, 60 000 selon la FSU, l'écart est énorme et entre les deux estimations difficile de savoir vers laquelle pencher. Sur place, les enseignants grévistes se disent en tout cas rassurés «d'une telle mobilisation. On continue d'y croire, le Gouvernement va être obligé de céder» déclare Monique, professeur des écoles depuis vingt ans. À l'angle de la rue Charlot et du boulevard du Temple, devant la bourse du Travail, un groupe de sans-papiers mêlent leurs cris à ceux du cortège. Pendant une quinzaine de minutes, professeurs, agents de la fonction publique et lycéens scandent : «So,So, Solidarité avec les sans-papiers !» La police se fait alors plus présente, ce crochet n'était apparemment pas prévu. À quelques mètres, sur la place, les manifestants se dispersent rapidement. Des élèves de seconde du lycée Georges Brassens à Paris sont optimistes : «Nous sommes solidaires avec nos professeurs, nous ne céderons pas devant le Gouvernement».


Droit au travail
Surprise : à 17H30, on apprend que le président de la République prendra la parole depuis l'Elysée à 18h15 sur le thème de l'Education nationale. Depuis le début de son mandat, les interventions du président étaient toujours annoncées quelques jours à l'avance au moins. C'est donc une première : même au plus fort du mouvement contre les retraites, Sarkozy n'était pas intervenu à chaud.
Comment expliquer cette sortie télévisuelle imprévue? Si la grève des profs a été très suivie, elle a aussi été fort impopulaire auprès des parents d'élèves. Le président a d'abord voulu profiter de cette conjoncture. C'était aussi une bonne occasion de rappeler aux députés de l'UMP actuellement en bisbille avec le gouvernement qu'il restait le seul maître à bord, le chef de la droite, un homme d'action prêt à affronter les grévistes.
mobilisation à peine terminée ? Pas Cette intervention était donc avant tout symbolique, destinée à la fois à l'opinion et à la majorité. Car sur l'école, le président n'a rien dit de bien nouveau : il a essentiellement confirmé les mesures de Xavier Darcos. «Je respecte le droit de grève, a-t-il dit, mais le droit au travail aussi.» Nicolas Sarkozy a également annoncé le dépôt, au début de l'été, d'un projet de loi sur le droit de l'accueil des enfants à l'école les jours de grève et l'obligation de la mise en place, par les communes, de structures rendant possible cet accueil. Il a ajouté que les communes seront dédommagées et que cette organisation sera financièrement assumée par l'Etat. Reste à savoir si les syndicats n'interpréteront pas cette réaction à chaud comme une déclaration de guerre à quelques jours de la grande grève du 22 mai.

Grèves dans l'éducation

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News

Depuis plusieurs semaines, les lycéens, les enseignants et les parents d'élèves manifestent leur opposition aux mesures du gouvernement,  mesures constituant une atteinte grave au service public d'éducation et augmentant de façon dramatique l'inégalité entre les enfants et les jeunes.

La FCPE91 appelle tous les parents de l'Essonne à participer aux différentes actions du mois de mai 2008 :

  • manifestations aux côtés des lycéens, 
  • journées des 18 mai et 24 mai,

sur la base de l'appel unitaire "Appel à la mobilisation pour une politique éducative ambitieuse".   

=>     Dimanche 18 mai, une manifestation nationale à l'initiative de la FSU partira à 13 h de la Place de l'Opéra

=>    Samedi 25 mai est une journée nationale de mobilisation : des interventions dans les établissements scolaires le matin, une manifestation partant du RER du Luxembourg, à 14 h30

(Se munir de badges/brassard/tuniques/casquettes/ballons pour être "lisibles" dans les différents lieux et cortèges)

La réussite du 18 mai est importante pour celle du 24 mai.

Notre mobilisation doit être forte car nous devons faire comprendre au gouvernement que nous n'acceptons pas les dégradations infligées à notre Ecole.

Il a déjà du reculer sur certaines mesures touchant les familles notamment, un camouflet vient de lui être infligé par les députés sur le projet de loi sur les OGM.

Le ministre de l'Education nationale a su imposer dans l'urgence des mesures démagogiques de stages de remise à niveau dans le même temps que la suppression de 2h de cours par semaine, 

exigeons de lui qu'il supprime ... dans l'urgence ...  ses réformes rétrogrades et inégalitaires. 

16.05.2008

Présomption de dangerosité

La loi de rétention de sûreté prévoit des mesures dites de prévention de la récidive de criminels condamnés pour des actes très graves et modifie la procédure concernant l’irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental. Elle se réfère à la notion de dangerosité, ce qui interroge d’emblée la possibilité et la légitimité de l’enfermement; en associant dans le même texte deux questions très différentes (la dangerosité des auteurs d’actes délinquants graves et la responsabilité pénale des délinquants malades mentaux), elle méprise de surcroît l’invalidité du lien entre maladie mentale et délinquance, ce qui aggrave la stigmatisation que subit déjà cette catégorie de malades.

Sa teneur témoigne d’une évolution des fondements et critères des mesures de privation de liberté et révèle les enjeux plus généraux d’une reconfiguration du droit pénal.

Tout d’abord, la justification première de la privation de liberté individuelle constitue un enjeu politique, dans les deux sens du terme – idéologique et public : sur quels motifs doit-on priver de liberté ?

En second lieu, la question de la légitimité et du partage des responsabilités dans les mesures de privation de liberté individuelle, et avec elle, celle du rapport du responsable de ces mesures aux experts, se pose : qui doit priver de liberté ? De quelle marge de liberté dispose le responsable par rapport aux avis dits « experts » ?

Enfin, l’enjeu juridique du maintien de législations spécifiques à certaines catégories de populations pourrait s’énoncer ainsi : comment préserver l’égalité des citoyens devant la loi lorsque le droit commun souffre dans son principe de régimes d’exception susceptibles d’être élargis ? Dans quelle mesure le maintien ou à la création de législations dites « spéciales » interrogent les « politiques » de droit commun ?

L’objet de cette contribution n’est pas de traiter de la gestion sociale de la dangerosité associée – indûment - à la maladie mentale. Il s’agit plutôt d’interroger la figure du « fou dangereux » en tant qu’elle est mobilisée par une politique qui réfère plus généralement à des discours dits experts pour identifier et surveiller des populations déviantes assimilées à des « classes dangereuses » , repérables au moyen d’outils confinant au fichage, objectifs chiffrés à l’appui .

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Retraites : ce que proposent les socialistes

La loi Fillon de 2003 a échoué. Elle n’a rien réglé sur le plan social. Elle n’a pas évité le déséquilibre financier puisque le premier déficit date de 2004, pour atteindre près de 5 milliards d’euros en 2007. La déconvenue de la réforme Fillon de 2003 s’explique par la contre-performance économique de la droite depuis 6 ans. Le pari de la croissance et du pouvoir d’achat n’est pas au rendez-vous.Le pouvoir d’achat des retraites devient la question centrale ; 6 millions de personnes âgées vivent avec des pensions largement inférieures au Smic. 1 million de personnes retraitées connaissent la pauvreté. 620 000 relèvent du minimum vieillesse. On ne peut pas maintenir durablement des millions d’hommes et de femmes de plus de 60 ans au terme de leur activité professionnelle sous le niveau du Smic ou pire sous le seuil de pauvreté.

La baisse du taux de remplacement, liée à la précarité salariale, génère un risque de fragilisation des mécanismes solidaires de retraite. La Loi Fillon de 2003 se révèle particulièrement dangereuse et perverse, puisqu’elle sape les fondements mêmes de la confiance, notamment des jeunes générations, dans le système par répartition.

Nous souhaitons une véritable négociation avec les partenaires sociaux, pour faire aboutir une vraie réforme des retraites. Les partenaires sociaux ne peuvent être des alibis. Ils doivent être respectés et entendus à l’occasion d’une authentique négociation collective.

Nous sommes plus que jamais favorables au maintien et donc à l’amélioration d’un système de retraite par répartition solidaire, universel, fondée sur une démarche intergénérationnelle, juste et efficace, et une politique dynamique de l’emploi durable et correctement rémunéré.

Nous voulons une réforme qui permette l’amélioration pérenne du pouvoir d’achat de tous les retraités et d’abord des petites retraites, en particulier par la mise au point négociée d’un mécanisme à la fois actualisé et annualisé sur le taux réel de l’inflation. C’est une question de confiance et de justice.

La loi Fillon n’a pas tenu ses engagements sur trois autres points essentiels : le recul de la précarité salariale n’est pas au rendez-vous. L’amélioration du taux d’activité des salariés âgés de 55 à 60 ans n’a pas eu lieu. La question de la pénibilité des métiers et son corollaire, la profonde inégalité d’espérance de vie à 60 ans n’est pas traitée. Aussi, nous récusons, en l’état actuel, tout allongement de la durée de cotisations qui réduirait encore davantage la proportion des salariés parvenant dans l’avenir, à une retraite à taux plein et donc le taux de remplacement moyen, sans procurer de recettes supplémentaires pour le régime de base.

Alors que l’âge moyen de cessation d’activité ne dépasse pas 58 ans et 8 mois et que plus de 60 % des salariés de plus de 55 ans sont évincés du marché du travail, nous souhaitons :
- Le maintien d’une durée de cotisation de 40 ans
- L’amélioration sensible du taux d’activité des plus de 50 ans
- La préservation de l’accès à la retraite à 60 ans, conquête sociale majeure pour des millions de salariés. Il en va de la sauvegarde du niveau des pensions.
- La poursuite active des négociations sur la question de la pénibilité des métiers conformément aux engagements de la Loi Fillon. En cas d’échec de ces négociations, nous engagerions des consultations nécessaires avec les organisations syndicales.
- La proratisation du nombre d’années de référence pour le calcul des pensions en fonction du nombre d’annuités pleines pour les carrières incomplètes.

En termes de financement, nous préconisons :

-Le réabondement régulier du fonds de réserve, à travers la rétrocession par l’État d’une partie des dividendes des entreprises publiques, et le versement du produit des pénalités financières exigées des entreprises qui ne jouent pas le jeu de l’emploi des seniors. Le fonds de réserve des retraites fait partie du contrat social. Son renforcement est indispensable. Il pourrait l’être en particulier à travers les cessions d’actifs de l’État et des cessions du patrimoine immobilier de l’État.

-La sollicitation des revenus financiers et des niches sociales dans le financement des retraites, ce qui peut dégager au moins 3 milliards.

-L’analyse critique du montant des exonérations des cotisations sociales, et le remboursement scrupuleux des sommes dûes par l’Etat au régime général ; le seul remboursement régulier représente un gain potentiel de 3 milliards.

-L’annulation d’une partie du paquet fiscal, notamment celle relative à l’exonération des grosses successions pour un montant de 2 milliards environ.

-Un transfert éventuel d’un ou deux points de cotisation Unedic sur l’assurance vieillesse.

Le Parti socialiste milite pour une réforme négociée des retraites, fondée sur la justice sociale, la solidarité intergénérationnelle, et la confiance retrouvée des générations actuelles de quadra et quinquagénaires. Il en va du contenu et de l’authenticité de notre contrat social.

23 Mai 1848...

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La biométrie se fiche de nous

Flicage. Dès juin 2009, les passeports français devraient comporter les empreintes de huit doigts, malgré l’avis négatif de la Cnil.

Vous aussi, vous aurez bientôt droit à votre passeport biométrique. Son décret d’application vient d’être publié au Jou rnal officiel. Sans passer devant le Parlement ni suivre l’avis de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), qui s’en inquiète (lire ci-dessous). Ce nouveau passeport biométrique, disponible en juin 2009, va donc devenir obligatoire.

Quoi, ça ne vous ravit pas ? C’est vrai qu’on a un peu de mal à se reconnaître sur une photo numérisée. D’où cette nouvelle insulte : «Dis donc, t’as une de ces têtes ce matin, on dirait que t’es biométrique…» Mais il y a beaucoup plus préoccupant : la création d’une banque de données centralisée. La biométrie suit le chemin de la vidéosurveillance, en entrant chaque jour un peu plus dans nos vies. Son principe : identifier les individus à travers les particularités de leurs corps (empreintes digitales, iris de l’œil, contour du visage, etc.). Un petit côté James Bond à première vue, beaucoup moins séduisant dès que l’on comprend que toutes les polices du monde rêvent de constituer des bases de données des individus, et de les interconnecter.

Le problème d’une technologie, c’est toujours l’usage qu’on cherche à en faire. Au nom de la sécurité, est-il nécessaire de collecter des infos intimes sur tous, uniquement pour s’assurer qu’escrocs ou criminels ne passeront pas à travers les mailles du filet ? Retour sur une technologie qui inquiète autant qu’elle fascine.

Co mment ça marche ?

Les empreintes digitales, l’iris de l’œil, le contour du visage, celui de la paume, le réseau veineux, la voix, l’haleine, appartiennent au patrimoine biologique de chacun d’entre nous. Ces particularités recèlent donc tout un tas d’informations intimes qui permettent l’identification des individus, de manière plus ou moins fiable. A quoi servent-elles ? A limiter les cas d’usurpation d’identité, à contrôler qui les accès à un lieu ou un territoire, à surveiller les allers et venues. Ce qui nécessite la constitution d’une base de données pour les classer. Dans le cas d’un impératif de sécurité majeur (passeports, notamment), le procédé peut se comprendre, à condition d’être débattu. Mais en dehors de ce cas de figure, la question de fond reste toujours la même : le jeu en vaut-il la chandelle ?

Les ancêtres sécuritaires

Prenons les empreintes digitales. Autrefois, on imbibait d’encre un seul index et on le plaquait sur une carte d’identité. Sur le nouveau passeport ce sont carrément les empreintes de huit doigts qui seront numérisées. L’informatique a accéléré le mouvement. L’ordinateur mouline les données et compare les empreintes instantanément. Le FBI, par exemple, préparerait une gigantesque base de données biométriques. En collectant plusieurs éléments (empreintes des doigts et iris de l’œil par exemple), difficile pour de passer à travers les mailles du filet. Même quand on s’est ruiné en achats de postiches, voire en opérations de chirurgie esthétique.

A la cantine et au travail

De plus en plus d’entreprises ou de cantines scolaires cherchent à s’équiper de systèmes d’accès biométriques. «Ce développement est exponentiel» , souligne la Cnil. Après examen, elle a autorisé 494 dispositifs biométriques en entreprise en 2007, contre seulement 34 en 2005. Et à ce jour, 195 cantines scolaires possèdent déjà le leur. Le plus fréquent, c’est le contour de la main : vous posez votre paluche dans un lecteur et le système vous autorise à passer, ou pas. Dans ce cas-là, la machine ne fait que reconnaître votre main : elle ne la compare pas avec d’autres, ne farfouille pas dans une base de données. Il n’y a - a priori - pas vraiment de grave dérive possible. L’argument de vente, c’est de se débarrasser des badges ou des codes, qu’on peut toujours perdre ou oublier. Mais on peut imaginer que la collecte serve à identifier un élève qui mangerait deux fois de suite au réfectoire, ou celui qui n’aurait pas payé son trimestre. En 2005, des étudiants ont organisé la destruction de deux bornes biométriques dans la cantine d’un lycée de Gif-sur-Yvette (Essonne), ce qui leur a valu de la prison avec sursis. Dans l’entreprise, les dispositifs biométriques donnent accès à des sites sécurisés. Et servent de plus en plus souvent de pointeuse.

Pourquoi ça fait peur ?

Dans un monde de surveillance et de suspicions, la biométrie a la cote. Ses ardents ambassadeurs mijotent des cocktails mêlant ADN, biométrie et vidéosurveillance. Les défenseurs des libertés publiques (dont la Ligue des droits de l’homme et d’autres associations soucieuses des dérives liées à la multiplication des fichiers) s’en inquiètent depuis longtemps. Le mois dernier, une campagne nationale - «Dépassons les bornes» - a été organisée contre la biométrie. La constitution d’immenses bases de données, à l’échelle d’un pays, voire d’un continent ou de la planète, a de quoi préoccuper.

En outre, la biométrie est par nature une technologie intrusive puisqu’elle rattache la donnée biométrique à son porteur : c’est le corps qui permet l’identification. Pourtant, le grand public y est rarement sensible. Comme si la dématérialisation liée à l’informatique limitait les prises de conscience. Comme pour la géolocalisation (dont les bracelets électroniques), les réseaux sociaux (comme Facebook sur Internet), ou les moteurs de recherche (comme Google), qui permettent de savoir tant de choses sur les uns et les autres.

15.05.2008

Copé, la mauvaise herbe de l'UMP

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L'Elysée met en garde le groupe UMP après le faux pas sur les OGM

Ce ne devait être qu'une simple formalité. L'article 1er du projet de loi sur les organismes génétiquement modifiés (OGM), modifié en deuxième lecture au Sénat, allait être approuvé, mardi 13 mai, à l'Assemblée nationale et la page serait enfin tournée. Mais il était dit que ce texte, jusqu'au bout, réserverait des surprises. L'UMP s'est une nouvelle fois pris les pieds dans le tapis, offrant à l'opposition une occasion inespérée de railler ses divisions et le climat de défiance entre Nicolas Sarkozy et sa majorité. En convoquant les députés de l'UMP, le 7 mai, à l'Elysée, le chef de l'Etat avait pourtant espéré "recadrer" sa majorité.

Mercredi matin, le président du groupe UMP, Jean-François Copé, réunit de nouveau les siens. L'explication risque d'être orageuse. Même s'il a pris soin d'"assumer la responsabilité de cet accident industriel". "Il va falloir qu'on tire les conséquences de tout cela et que l'on revoie notre organisation", convient le "patron" du groupe majoritaire, qui n'ignore pas être dans la ligne de mire d'une partie de ses "amis". Mardi, en fin d'après-midi, M. Sarkozy l'a appelé. "Il n'était pas plus heureux que moi", reconnaît M. Copé, qui ne voit cependant aucune raison d'être désavoué par le groupe.

Une offensive "anti-Copé" tomberait en effet au plus mauvais moment, alors que plusieurs textes majeurs arrivent en discussion au Parlement. A commencer par le projet de révision constitutionnelle sur les institutions. Pour que la réforme ait une chance d'être adoptée à la majorité des trois-cinquièmes au Congrès, l'UMP se doit de présenter un front uni. Une bataille de pouvoir au sein du groupe est inimaginable.

DÉBOUSSOLÉS

Si M. Copé est assuré de conserver sa place à la présidence du groupe, son autorité n'en est pas moins affaiblie. Son ambition affirmée suscite des réserves au sein de la majorité. Le chef de l'Etat continue de se méfier de ce "quadra" pressé qui n'hésite pas, comme lui, à bousculer les tables du protocole. M. Sarkozy avait déjà pris son téléphone, fin avril, pour "passer un savon" à M. Copé , après que ce dernier avait affirmé, se faisant l'écho des critiques de nombreux députés, que le projet de loi sur les institutions ne pourrait pas être voté en l'état. Une prise de distance jugée inopportune à l'Elysée. Le président de la République soupçonne, de plus, le président du groupe UMP d'avoir passé un pacte avec le premier ministre, François Fillon.

Ces jeux d'intrigue ont une conséquence. Les élus ne savent plus très bien où ils en sont ni qui dirige les affaires. Ils avaient mal supporté, dans les premiers mois de la législature, l'omniprésence de l'Elysée, qui décidait de tout et remettait les grands chantiers de réflexion à des commissions extraparlementaires, parfois placées sous la responsabilité de personnalités de l'opposition. Ils sont tout autant déboussolés, à présent, par l'absence d'arbitrage. "C'est bien beau de vouloir faire de la coproduction législative mais, à l'arrivée, ce qui compte, c'est d'assurer la livraison dans les délais", note un ancien ministre redevenu député de l'UMP.

Chacun s'est donc donné le mot pour remettre un peu d'ordre dans la maison majoritaire et tenter de minorer les conséquences politiques de ce nouveau "couac". "C'est un incident de parcours. Il faut veiller à ce que tout le reste se passe bien", assure le très sarkozyste secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, Roger Karoutchi.

Après le rejet du texte sur les OGM, la première vague de critiques qui s'est abattue sur M. Copé, lui reprochant sa mauvaise gestion du groupe, a valeur d'avertissement. Le député de Seine-et-Marne va probablement devoir en rabattre sur ses prétentions et se recentrer sur des tâches d'exécution plus ingrates tandis que l'Elysée entend s'impliquer beaucoup plus directement sur les arbitrages. La pression va en tout cas s'accroître en direction des élus qui persistent à renâcler sur la révision constitutionnelle des institutions. Le chef de l'Etat veut pouvoir l'afficher à son actif avant la fin de la session. Il ne tolérera aucune défection. M. Copé sera chargé, quant à lui, de faire passer clairement le message. Un nouveau revers ne lui serait pas pardonné.