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15.05.2008

Le PS dopé aux OGM

 Renversement de tendance à l'Assemblée : les socialistes se sont unis tandis que la droite peinait à mobiliser ses troupes. Résultat : un camouflet au mouflet !

 

« Un coup de théâtre ! » « Un coup de maître ! » « Un coup de flibuste parlementaire… » « Un coup de Trafalgloire » Cela fait des années et des années que le PS n'avait pas mené une manœuvre politique sans se prendre les pieds dans ses insondables contradictions. D'ailleurs, quand la présidente de séance, la députée PS Catherine Génisson, annonce le résultat du vote de la question préalable qui interrompt de fait l'examen du projet de loi OGM, elle semble ne pas en croire ses yeux : « Majorité absolue : 136 voix ». Silence… « 136 voix pour et, dans un souffle victorieux, 135 voix contre ! » Bingo ! « Explo » de joie des socialistes qui jubilent, exultent. Montebourg réclame le champagne, alors qu'au banc du gouvernement, les ministres présents trinquent, effondrés, incrédules, perdus comme si le ciel leur tombait sur la tête ou que le sol se dérobait sous leurs pieds. La terre ne ment pas…

Dans les couloirs, les députés de gauche dansent la sarabande du triomphe de micro en micro. Pour les élus du PS, ce vote représente une belle revanche ; en 1998, c'est Jospin qui avait pris une claque cinglante lors de l'adoption d'une motion de procédure de la droite qui aboutissait au rejet, momentané, du projet de loi sur le Pacs. La vengeance est un vote qui se mange froid !

Les socialistes avaient préparé 800 amendements pour faire croire à une « guéguerre » d'usure, mais c'est un raid éclair qu'ils ont mené en deux temps. Ils ont commencé par le dépôt classique d'une première question préalable qui était repoussée mais de peu. A ce moment, et pour la première fois, ils ont utilisé l'arme secrète qu'ils avaient préparée : l'envoi de SMS - Socialiste Mais Solidaire, ce n'est pas fréquent ! - « classés alerte prioritaire » et appelant à la mobilisation d'urgence en séance. Les socialistes, dispersés dans d'autres commissions ou dans leurs bureaux, ont alors rappliqué dare dare pour infliger « un camouflet au mouflet », comme ils le répétaient encore tout enivrés de leur succès et répétant sur l'air des lampions : « on les a baisés », ce qui change de l'inverse et rappelle que la politique, comme toute activité artistique, a beaucoup à voir avec la sexualité…

Pour les députés de gauche, c'est le printemps!

Tout émoustillés, les députés de gauche n'en exploitaient pas moins leur position de dominant, enfin leur avantage, soulignant les maladresses d'une majorité incapable de se mobiliser, car elle ne suit pas, ou mal, son président qui a perdu son charme et sa magie.

Certains élus, en désaccord avec le texte insuffisamment protecteur d'une agriculture bio ou tout simplement du terroir, ont voté avec leurs pieds. Le texte n'enthousiasmait pas pour autant les anti-OGM radicaux de l'UMP qui n'ont pas mobilisé à « donf ». Le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, pourtant farouchement OGMiste n'occupait même pas son perchoir, qu'il avait abandonné à une collègue socialiste. Quant aux chiens de garde du groupe UMP, ils étaient tellement soulagés d'avoir, croyaient-ils, neutralisé les anti-OGM qu'ils n'ont pas vu le danger et notamment la mauvaise humeur des élus chiraquiens et villepinistes qui ont détesté la mise en cause, aussi expéditrice qu'un assassinat, du bilan de Chirac perpétrée par Nicolas Sarkozy. Maladroit chef de l'Etat…

Le président avait pourtant réuni à l'Elysée les parlementaires pour les remobiliser. Mais son autosatisfaction narcissique, jointe au mépris du travail de ses prédécesseurs, ont aggravé le ressentiment à son encontre de certains parlementaires qu'il n'impressionne plus. Un chef qui a perdu la faveur des sondages et les élections municipales n'est plus un chef incontesté ni obéi par une majorité trop large pour obéir au doigt, à l'œil et au sceptre monarchique. Seules les majorités étroites sont serviles. Les autres ont des accès, des hoquets d'existence ou elles se dispersent comme pour manifester leurs humeurs trop longtemps contenues contre un autocrate suffisant.

Nicolas Sarkozy n'en a pas moins rappelé, vertement, Jean-François Copé à ses devoirs de chef de groupe UMP qui doit commencer par rameuter ses troupes indisciplinées quand il le faut. L'occasion était trop belle de « rabattre son caquet à ce coquelet », comme on dit à l'Elysée où l'on ne prise guère les ambitions trop affirmées de ce candidat autoproclamé à l'élection présidentielle de 2017 ! « Qu'il commence par accomplir son travail de chef de meute plutôt que de faire le beau à la télévision », lui enjoint-on avec une certaine volupté. Ce que Copé a fait en occupant les plateaux télé avec la vélocité qu'on lui connaît, sautant d'une chaîne à l'autre, volubile dans l'autocritique avec un sourire d'enfant navré mais qui a compris la leçon et jure qu'il va rectifier. « Ce n'est qu'un incident de parcours », a-t-il martelé, tentant de circonscrire l'incendie qu'il avait allumé lui-même. Tentative vaine, même si le texte sera voté in fine. Les unes des journaux du lendemain étaient toutes consacrées à ce nouveau couac et la gauche triomphait à tout vent, dénonçant la « couacophonie » à laquelle elle échappait cette fois quasi miraculeusement. Et un miracle en appelait un autre ! Les députés PS, Jean-Marc Ayrault en tête, étaient applaudis par les manifestants anti-OGM qu'ils allaient saluer devant l'Assemblée. Oui, ils n'étaient pas sifflés et chahutés cette fois. On ne leur balançait pas de boules de neige. Vous me direz que ce n'était pas la saison…

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