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15.05.2008

Copé, la mauvaise herbe de l'UMP

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L'Elysée met en garde le groupe UMP après le faux pas sur les OGM

Ce ne devait être qu'une simple formalité. L'article 1er du projet de loi sur les organismes génétiquement modifiés (OGM), modifié en deuxième lecture au Sénat, allait être approuvé, mardi 13 mai, à l'Assemblée nationale et la page serait enfin tournée. Mais il était dit que ce texte, jusqu'au bout, réserverait des surprises. L'UMP s'est une nouvelle fois pris les pieds dans le tapis, offrant à l'opposition une occasion inespérée de railler ses divisions et le climat de défiance entre Nicolas Sarkozy et sa majorité. En convoquant les députés de l'UMP, le 7 mai, à l'Elysée, le chef de l'Etat avait pourtant espéré "recadrer" sa majorité.

Mercredi matin, le président du groupe UMP, Jean-François Copé, réunit de nouveau les siens. L'explication risque d'être orageuse. Même s'il a pris soin d'"assumer la responsabilité de cet accident industriel". "Il va falloir qu'on tire les conséquences de tout cela et que l'on revoie notre organisation", convient le "patron" du groupe majoritaire, qui n'ignore pas être dans la ligne de mire d'une partie de ses "amis". Mardi, en fin d'après-midi, M. Sarkozy l'a appelé. "Il n'était pas plus heureux que moi", reconnaît M. Copé, qui ne voit cependant aucune raison d'être désavoué par le groupe.

Une offensive "anti-Copé" tomberait en effet au plus mauvais moment, alors que plusieurs textes majeurs arrivent en discussion au Parlement. A commencer par le projet de révision constitutionnelle sur les institutions. Pour que la réforme ait une chance d'être adoptée à la majorité des trois-cinquièmes au Congrès, l'UMP se doit de présenter un front uni. Une bataille de pouvoir au sein du groupe est inimaginable.

DÉBOUSSOLÉS

Si M. Copé est assuré de conserver sa place à la présidence du groupe, son autorité n'en est pas moins affaiblie. Son ambition affirmée suscite des réserves au sein de la majorité. Le chef de l'Etat continue de se méfier de ce "quadra" pressé qui n'hésite pas, comme lui, à bousculer les tables du protocole. M. Sarkozy avait déjà pris son téléphone, fin avril, pour "passer un savon" à M. Copé , après que ce dernier avait affirmé, se faisant l'écho des critiques de nombreux députés, que le projet de loi sur les institutions ne pourrait pas être voté en l'état. Une prise de distance jugée inopportune à l'Elysée. Le président de la République soupçonne, de plus, le président du groupe UMP d'avoir passé un pacte avec le premier ministre, François Fillon.

Ces jeux d'intrigue ont une conséquence. Les élus ne savent plus très bien où ils en sont ni qui dirige les affaires. Ils avaient mal supporté, dans les premiers mois de la législature, l'omniprésence de l'Elysée, qui décidait de tout et remettait les grands chantiers de réflexion à des commissions extraparlementaires, parfois placées sous la responsabilité de personnalités de l'opposition. Ils sont tout autant déboussolés, à présent, par l'absence d'arbitrage. "C'est bien beau de vouloir faire de la coproduction législative mais, à l'arrivée, ce qui compte, c'est d'assurer la livraison dans les délais", note un ancien ministre redevenu député de l'UMP.

Chacun s'est donc donné le mot pour remettre un peu d'ordre dans la maison majoritaire et tenter de minorer les conséquences politiques de ce nouveau "couac". "C'est un incident de parcours. Il faut veiller à ce que tout le reste se passe bien", assure le très sarkozyste secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, Roger Karoutchi.

Après le rejet du texte sur les OGM, la première vague de critiques qui s'est abattue sur M. Copé, lui reprochant sa mauvaise gestion du groupe, a valeur d'avertissement. Le député de Seine-et-Marne va probablement devoir en rabattre sur ses prétentions et se recentrer sur des tâches d'exécution plus ingrates tandis que l'Elysée entend s'impliquer beaucoup plus directement sur les arbitrages. La pression va en tout cas s'accroître en direction des élus qui persistent à renâcler sur la révision constitutionnelle des institutions. Le chef de l'Etat veut pouvoir l'afficher à son actif avant la fin de la session. Il ne tolérera aucune défection. M. Copé sera chargé, quant à lui, de faire passer clairement le message. Un nouveau revers ne lui serait pas pardonné.

Et tt devient possible... Même le Pire!

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L'impossible équation du système de santé français

Notre Assurance-Maladie est structurellement déficitaire, contrairement à celle de la plupart des autres pays (celle de l' Allemagne est excédentaire pour la 3 ème année consécutive…), alors que nous dépensons beaucoup plus que la plupart d'entre eux pour notre système de soins (11,5% du PIB). Par ailleurs, elle ne prend en charge qu'environ 50% du total des dépenses réelles consacrées aux soins (beaucoup moins que la plupart des autres). Le tout avec des résultats médiocres, tant socialement (moindre prise en charge des dépenses, on l'a vu) qu'économiquement (déficit chronique) et médicalement (nos résultats sanitaires ne sont pas pour autant meilleurs qu'ailleurs).

Tout cela, parce qu'elle s'est fixée, dès le départ, un objectif impossible à atteindre : financer socialement une distribution de soins régulée par la demande (chacun va consulter qui il veut, quand il veut) et l'offre (chacun prescrit ce qu'il veut, à qui il veut) totalement libres.

S'il existe un contrôle des prix (tarifs des consultations, prix des médicaments) d'ailleurs de plus en plus lâche, il n'existe aucun contrôle des volumes, d'où un déficit chronique : depuis sa création, notre Assurance-Maladie fait l'objet d'un plan de résorption des déficits en moyenne tous les 2,5 ans (le premier datant de…1946).

Les deux voies de la santé: égalité ou liberté

Car, aujourd'hui, les possibilités de la médecine curative, préventive et de dépistage sont pratiquement illimitées, et personne ne sait financer des prestations illimitées. Celles-ci sont, toujours et partout, limitées par les capacités de financement, et il existe, en gros, deux grands systèmes, le système libéral et le système socialisé (aucun pays développé n'ayant adopté l'un ou l'autre, à l'exception du Québec où il est totalement socialisé ; la plupart ont des systèmes mixtes, avec des proportions variables de libéralisme économique et de socialisation) :

1- Dans un système totalement libéral, chacun (assurés et professionnels de santé) fait ce qu'il veut, mais les prestations sont limitées par les possibilités financières de chacun. Qu'il s'agisse de paiements directs ou de souscription d'une assurance privée, ça revient au même. Personne ne peut consacrer 100% de ses revenus à se soigner, et le rationnement s'opère selon les revenus de chacun, et la distribution des soins est inégalitaire;

2- Dans un système socialisé, que chacun finance en proportion de ses revenus, c'est l' Etat qui doit fixer la part du budget qui doit être consacré au système, car personne ne peut consacrer 100% de ses revenus à des prélèvements obligatoires destinés au système de soins ; les soins doivent être alors limités non pas par les revenus de chacun, mais par des critères médicaux d'utilité et d'efficacité médicales, les mêmes pour tous : la distribution des soins est alors égalitaire.

La France et son impossible équation
Le premier système privilégie la liberté, le second l'égalité.
Mais aucun ne peut, comme nous prétendons le faire, socialiser des dépenses régulées par la loi de l'offre et de la demande : il n'y a alors plus aucun frein à la consommation, le déficit devient inéluctable, et, avec lui, la privatisation, déjà bien entamée ; faute d'accepter une discipline collective, nous nous acheminons vers un système à l'américaine : des assurances complémentaires de moins en moins complémentaires, de plus en plus inégalitaires, avec une Sécurité Sociale qui ne sera plus qu'un filet de couverture minimale pour les plus pauvres, et des «travailleurs pauvres» qui risquent d'être totalement exclus du marché de la santé, trop pauvres pour l'assurance privée, pas assez pauvres pour le système public.
«Je n'ai qu'un regret, c'est de ne pas avoir nationalisé la médecine», disait François Mitterrand, après son 2ème mandat.

Les délocalisations ne font que commencer

Une étude de l'INSEE apporte un démenti à ceux qui affirment que le temps de délocalisations est révolu.

Les optimistes ont voulu voir dans les revendications salariales des usines Dacia en Roumanie un signe annonciateur de la fin des délocalisations. Le rattrapage salarial en cours allait bientôt mettre fin à l'Eldorado des pays à bas coûts. Les plus irréductibles de ces optimistes ont même été jusqu'à annoncer un mouvement de relocalisation des activités industrielles.

Il pourrait s'agir d'une bonne nouvelle, si l'on oubliait que ce sont souvent les mêmes qui nous expliquaient ces dernières années que les délocalisations n'avaient qu'un impact insignifiant sur les destructions d'emplois en France. Une étude de conjoncture de l'Insee auprès des chefs d'entreprises industrielles vient, en tout état de cause, d'apporter un cinglant démenti à ces thèses un peu trop optimistes.

On y apprend qu'entre 2002 et 2007, 12 % des entreprises industrielles représentant 16% du chiffre d'affaires de l'industrie ont transféré des activités à l'étranger. Très curieusement, les chefs d'entreprises ne semblent pas être sensibles à l'attrait du nouveau climat économique qui règne en France depuis les dernières élections, au rattrapage salarial en cours dans les pays émergents, à la pénurie de main-d'œuvre qualifiée qui frapperait ces pays ou à l'envolée du prix du pétrole. Car, ils sont désormais 16% à envisager délocaliser leur activité industrielle dans les années à venir. Dans tous les secteurs, à l'exception des biens de consommation, la tentation de la délocalisation progresse.

La tendance à la désindustrialisation est d'ailleurs certainement sous estimée par l'étude car où elle rend compte de l'opinion des chefs d'entreprises de plus de 20 salariés et non, comme on aurait pu le souhaiter, des emplois industriels concernés ou de la valeur ajoutée produite. Il semble bien que ce soit les entreprises de la « grande industrie » qui sont les plus pressés de délocaliser leur production. Le taux des entreprises qui ont un projet de « développement à l'international » atteint près de 37% pour l'industrie automobile et 29 % pour celle des biens d'équipement ! L'affaire Peugeot Motocycles a probablement inauguré une longue série de conflits qui mettront en scène un recul des droits sociaux sous menace de fermeture d'usine…

Le modèle chinois séduit les patrons
Les optimistes considèreront qu'il ne s'agit pas là de délocalisations mais d'un transfert d'activité qui pourrait être vecteur de développement en France. Il est normal que les entreprises se développent la où les marchés sont en croissance…
Nouveau démenti : Le facteur principal qui pousse au développement international reste l'espoir d'avoir accès à des salaires plus faibles. Le facteur est jugé très important pour 60 à 70% des chefs d'entreprises ayant des projets en ce sens.

L'attrait des chefs d'entreprises industrielles pour ce qu'on pourrait qualifier de « modèle chinois » ressort clairement des éléments jugés pénalisants pour le bon développement de leur entreprises. Sans surprise, ce sont le coût du travail non qualifié (77%) et la fiscalité (86% pour la taxe professionnelle et 71% pour l'impôt sur les sociétés) qui ressortent comme les principaux handicaps.

Cette étude devrait être méditée par les derniers tenants de la mondialisation heureuse. On ne saurait mieux illustrer les pressions que fait subir le libre-échange sur nos économies : érosion de la base productive, transfert de la fiscalité des entreprises vers les ménages, subvention massive du travail faiblement qualifié et au bout du compte, des déficits de toutes sortes, publics, sociaux et commerciaux.
Qui a parlé de développement durable ?

Le PS dopé aux OGM

 Renversement de tendance à l'Assemblée : les socialistes se sont unis tandis que la droite peinait à mobiliser ses troupes. Résultat : un camouflet au mouflet !

 

« Un coup de théâtre ! » « Un coup de maître ! » « Un coup de flibuste parlementaire… » « Un coup de Trafalgloire » Cela fait des années et des années que le PS n'avait pas mené une manœuvre politique sans se prendre les pieds dans ses insondables contradictions. D'ailleurs, quand la présidente de séance, la députée PS Catherine Génisson, annonce le résultat du vote de la question préalable qui interrompt de fait l'examen du projet de loi OGM, elle semble ne pas en croire ses yeux : « Majorité absolue : 136 voix ». Silence… « 136 voix pour et, dans un souffle victorieux, 135 voix contre ! » Bingo ! « Explo » de joie des socialistes qui jubilent, exultent. Montebourg réclame le champagne, alors qu'au banc du gouvernement, les ministres présents trinquent, effondrés, incrédules, perdus comme si le ciel leur tombait sur la tête ou que le sol se dérobait sous leurs pieds. La terre ne ment pas…

Dans les couloirs, les députés de gauche dansent la sarabande du triomphe de micro en micro. Pour les élus du PS, ce vote représente une belle revanche ; en 1998, c'est Jospin qui avait pris une claque cinglante lors de l'adoption d'une motion de procédure de la droite qui aboutissait au rejet, momentané, du projet de loi sur le Pacs. La vengeance est un vote qui se mange froid !

Les socialistes avaient préparé 800 amendements pour faire croire à une « guéguerre » d'usure, mais c'est un raid éclair qu'ils ont mené en deux temps. Ils ont commencé par le dépôt classique d'une première question préalable qui était repoussée mais de peu. A ce moment, et pour la première fois, ils ont utilisé l'arme secrète qu'ils avaient préparée : l'envoi de SMS - Socialiste Mais Solidaire, ce n'est pas fréquent ! - « classés alerte prioritaire » et appelant à la mobilisation d'urgence en séance. Les socialistes, dispersés dans d'autres commissions ou dans leurs bureaux, ont alors rappliqué dare dare pour infliger « un camouflet au mouflet », comme ils le répétaient encore tout enivrés de leur succès et répétant sur l'air des lampions : « on les a baisés », ce qui change de l'inverse et rappelle que la politique, comme toute activité artistique, a beaucoup à voir avec la sexualité…

Pour les députés de gauche, c'est le printemps!

Tout émoustillés, les députés de gauche n'en exploitaient pas moins leur position de dominant, enfin leur avantage, soulignant les maladresses d'une majorité incapable de se mobiliser, car elle ne suit pas, ou mal, son président qui a perdu son charme et sa magie.

Certains élus, en désaccord avec le texte insuffisamment protecteur d'une agriculture bio ou tout simplement du terroir, ont voté avec leurs pieds. Le texte n'enthousiasmait pas pour autant les anti-OGM radicaux de l'UMP qui n'ont pas mobilisé à « donf ». Le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, pourtant farouchement OGMiste n'occupait même pas son perchoir, qu'il avait abandonné à une collègue socialiste. Quant aux chiens de garde du groupe UMP, ils étaient tellement soulagés d'avoir, croyaient-ils, neutralisé les anti-OGM qu'ils n'ont pas vu le danger et notamment la mauvaise humeur des élus chiraquiens et villepinistes qui ont détesté la mise en cause, aussi expéditrice qu'un assassinat, du bilan de Chirac perpétrée par Nicolas Sarkozy. Maladroit chef de l'Etat…

Le président avait pourtant réuni à l'Elysée les parlementaires pour les remobiliser. Mais son autosatisfaction narcissique, jointe au mépris du travail de ses prédécesseurs, ont aggravé le ressentiment à son encontre de certains parlementaires qu'il n'impressionne plus. Un chef qui a perdu la faveur des sondages et les élections municipales n'est plus un chef incontesté ni obéi par une majorité trop large pour obéir au doigt, à l'œil et au sceptre monarchique. Seules les majorités étroites sont serviles. Les autres ont des accès, des hoquets d'existence ou elles se dispersent comme pour manifester leurs humeurs trop longtemps contenues contre un autocrate suffisant.

Nicolas Sarkozy n'en a pas moins rappelé, vertement, Jean-François Copé à ses devoirs de chef de groupe UMP qui doit commencer par rameuter ses troupes indisciplinées quand il le faut. L'occasion était trop belle de « rabattre son caquet à ce coquelet », comme on dit à l'Elysée où l'on ne prise guère les ambitions trop affirmées de ce candidat autoproclamé à l'élection présidentielle de 2017 ! « Qu'il commence par accomplir son travail de chef de meute plutôt que de faire le beau à la télévision », lui enjoint-on avec une certaine volupté. Ce que Copé a fait en occupant les plateaux télé avec la vélocité qu'on lui connaît, sautant d'une chaîne à l'autre, volubile dans l'autocritique avec un sourire d'enfant navré mais qui a compris la leçon et jure qu'il va rectifier. « Ce n'est qu'un incident de parcours », a-t-il martelé, tentant de circonscrire l'incendie qu'il avait allumé lui-même. Tentative vaine, même si le texte sera voté in fine. Les unes des journaux du lendemain étaient toutes consacrées à ce nouveau couac et la gauche triomphait à tout vent, dénonçant la « couacophonie » à laquelle elle échappait cette fois quasi miraculeusement. Et un miracle en appelait un autre ! Les députés PS, Jean-Marc Ayrault en tête, étaient applaudis par les manifestants anti-OGM qu'ils allaient saluer devant l'Assemblée. Oui, ils n'étaient pas sifflés et chahutés cette fois. On ne leur balançait pas de boules de neige. Vous me direz que ce n'était pas la saison…

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