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08.05.2008

L'offre valable d'emploi ou la «flexi-régression»

Depuis plusieurs années le cap en matière de politique de l'emploi se nomme la flexi-sécurité. Cette théorie repose sur l'idée qu'il se créé et se détruit en permanence des quantités considérables d'emplois. L'enjeu est alors de favoriser la transition des emplois détruits vers les emplois créés en «fluidifiant» le marché du travail : favoriser l'embauche, les licenciements et la reconversion des chômeurs d'un poste de travail vers l'autre.

C'est dans cette perspective que le gouvernement vient de créer la notion d'offre valable d'emploi qui devrait conduire les chômeur à accepter des offres d'emplois de moins en moins bien rémunérées et situées de plus en plus loin de leur domicile à mesure que leur durée de chômage s'accroîtra.

La mesure sera certainement considérée par le gouvernement comme une réforme majeure qui permettra de remettre la France au travail et faire des économies sur les dépenses sociales. En réalité, il s'agit d'un pur effet d'annonce idéologique. Plus grave, la mesure, telle qu'elle est annoncée, sera contre productive compte du projet de flexi-sécurité qu'elle est sensée servir.
La vraie réforme structurelle dont il s'agit est de créer un vrai service public de l'emploi qui puisse mettre en adéquation la main d'œuvre disponible avec les offres d'emplois proposées sur un territoire. Cela ne sera possible que si le service public apporte un véritable accompagnement au demandeur d'emploi : Bilans de compétences, définition d'un projet individuel, obligation de suivre des formations de reconversion, aides à la mobilité géographique pour les bassins d'emplois sinistrés, et naturellement des propositions d'offres conformes au projet du demandeur d'emplois.

Mettre la charrue avant les boeufs
Cependant, aujourd'hui il n'y a ni accompagnement, ni même proposition d'emplois faites par l'ANPE. A supposé que l'agence s'engage dans cette voie, on pourrait avoir les pires craintes quand à la pertinence des propositions qui seraient faites. Le service qui résultera de la fusion ANPE-UNEDIC a peut-être vocation à devenir une "DRH des territoires" mais elle est très loin actuellement de pouvoir mettre en relation la main d'oeuvre disponible avec les emplois proposés.

Dans ces conditions prétendre sanctionner les chômeurs qui refuseraient des offres raisonnables c'est pour le moins mettre la charrue avant les bœufs ! On pourrait même dire qu'il s'agit d'un exercice de pure communication politique destinée à rappeler au cœur de l'électorat de droite les engagements du candidat en matière de lutte contre l'assistanat. On retrouverait là, la tentation habituelle chez Sarkozy de désigner des boucs émissaires.

Si c'est de la communication politique, elle est très malhabile et va une nouvelle fois se retourner contre le gouvernement car le symbole qu'il manie est explosif.

Dans une perspective libérale (ou même sociale-libéral) l'enjeu est de convaincre la société française d'accepter le fait qu'il est normal de passer d'un emploi à l'autre au cours de sa vie professionnelle. Or, la perspective affichée de réduction du salaire de reprise va conduire au but rigoureusement inverse. En continuant sur cette voie, le gouvernement va diffuser l'idée qu'une période de chômage conduira mécaniquement à une réduction du salaire. Il va créer de la peur, de l'insécurité sociale et donc conduire les salariés à s'accrocher à leurs « acquis »

Ce n'est pas de la flexi-sécurité c'est de la flexi-regression !

Le concept d'offre valable d'emploi n'impliquait absolument pas d'intégrer l'idée de régression du salaire de reprise. Dans le document transmis par le gouvernement aux syndicats, il apparaît que la dégressivité n'existe qu'en Allemagne sur les 8 pays européens de comparaison cités en exemple.

Pourquoi le gouvernement a-t-il intégré ce qui apparaît comme une véritable provocation ? Pour préparer l'opinion à une réduction du pouvoir d'achat ? Pour organiser une baisse des salaires et une réduction du coût du travail, comme cela s'est fait en Allemagne ?

L'intérêt politique de la mesure est de désigner les chômeurs comme des fainéants et des profiteurs auprès de «la France qui se lève tôt». Il n'y avait absolument pas besoin d'intégrer pour cela la dégressivité du salaire de reprise. La suspension des allocations en cas de refus d'une offre valable suffisait. Cette mesure est donc d'une effroyable stupidité qui en dit long sur la maturation des décisions au sein du gouvernement et l'intelligence de ceux qui nous gouvernent.

Enfin, cette mesure annonce s'inscrit dans deux erreurs fondamentales qui caractérisent la politique du gouvernement en matière d'emploi.

- Le gouvernement appréhende le développement de l'emploi en «mode push» L'économie n'est pas tirée par la demande des consommateurs ou la compétitivité des producteurs, mais est poussée par les travailleurs. Plus il y aura de gens au travail et plus leur durée du travail sera élevée, mieux l'économie se portera. Je reviendrais prochainement sur cette thèse de manière approfondie pour démontrer qu'elle est globalement stupide, car seulement une part infime des emplois n'est réellement créatrice de richesses et susceptible de générer un effet d'entraînement.

- Il tend à considérer que nous sommes d'ores et déjà dans une situation potentielle de plein emploi, le départ à la retraite des baby boomers commencerait selon lui à créer des tensions sur le marché du travail. Cela n'est pas encore le cas. Le chômage reste massif si l'on additionne toutes les catégories de demandeurs d'emplois. En outre, cette conception est radicalement en opposition avec sa théorie fétiche selon laquelle c'est l'emploi qui créé l'emploi, car dans ce schéma la retraite des seniors privera l'économie de salariés compétents, expérimentés et productifs, ce qui entraînera un effet récessif sur le marché de l'emploi.

Le gouvernement en rêve peut-être mais on est encore loin de la situation où il n'y aurait plus qu'à pousser les chômeurs à prendre les emplois que le dynamisme naturel de l'économie aura créé. Avant d'en être là, il y a encore beaucoup de réformes à conduire, de vraies réformes, par des simples effets d'annonces à finalité idéologique.

 

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