« 2008-05 | Page d'accueil | 2008-05 »

07.05.2008

Cotisations retraites

1941805976.jpg

La CGT appelle à "une phase supérieure" de mobilisation

Bernard Thibault appelle à "une phase supérieure de mobilisation" contre les réformes gouvernementales, refusant "le moins-disant social".

Reçu par François Fillon avant le secrétaire général de la CGT, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière (FO), a dénoncé pour sa part des annonces et des réformes "dans tous les sens" un an après l'élection de Nicolas Sarkozy.

"Ce n'est pas le nombre de réunions avec les ministres qui font défaut en ce moment. Ce qui fait défaut, c'est le degré d'écoute des ministres sur ce que disent les organisations syndicales", a déclaré Bernard Thibault à l'issue d'un entretien à Matignon avec le Premier ministre.

Christine Lagarde, ministre de l'Economie, Xavier Bertrand, ministre du Travail, et Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'Emploi, assistaient aux discussions qui ont débuté la semaine dernière, dans le cadre d'une série de rencontres prévues jusqu'au 13 mai avec les partenaires sociaux.

"Nous pensons que pour l'avenir, pour être écoutés plus, il faut pousser plus, et de ce point de vue-là, nous aurons deux occasions : le 15 mai et le 22 mai sur les retraites", a dit Bernard Thibault.

Les syndicats de lycéens, enseignants et fonctionnaires appellent à des grèves et manifestations le 15 mai.

"La CGT n'acceptera pas de voir les salariés français être contraints d'accepter une forme de dumping social", a souligné Bernard Thibault.

"KALÉIDOSCOPE"

"Ce serait toujours le moins-disant social qui nous serait opposé, surtout dans une période où les conflits, les mobilisations se multiplient pour obtenir une augmentation de salaire dans les entreprises", a-t-il estimé.

"Nous faisons part de notre insatisfaction. C'est vrai sur les retraites, nous sommes soucieux de ce qui va se passer sur l'assurance-maladie, soucieux d'entendre les ministres sur ce qui conviendrait de retenir sur l'indemnisation du chômage", a-t-il précisé.

"Ça n'émeut pas jusqu'à présent apparemment le chef du gouvernement. Il va falloir passer à une phase supérieure de mobilisation", a prévenu le dirigeant de la CGT.

Jean-Claude Mailly a mis en avant le "mécontentement" ambiant un an après l'avènement de la "rupture".

"Il y avait une attente forte de visibilité, de lisibilité, de volontarisme politique", a-t-il expliqué.

"Aujourd'hui, vous avez une forme de kaléidoscope avec des réformes dans tous les sens, des annonces dans tous les sens", a-t-il déploré.

"Donc il ne faut pas s'étonner des résultats des sondages, ça correspond à l'état d'esprit dans le pays", a noté le secrétaire général de FO.

Succession de Hollande: huit socialistes pour un fauteuil

L'abondance de personnalités est-elle signe de bonne ou de mauvaise santé pour un parti politique? A la différence de l'UMP, où les décisions importantes sont encore prises par l'Elysée, le PS connaît la diversité de voix et un afflux de candidatures au poste de Premier secrétaire, que François Hollande laissera vacant lors du prochain congrès en novembre.

François Hollande, lui, préfère répondre à cette question par un sourire. Cela l'"amuse". Mais d'autres sont plus tranchants. Laurent Fabius ironise: "Il va bientôt être plus utile de demander à ceux qui ne sont pas candidats de lever la main." Jean-Christophe Cambadélis s'énerve: "Cette espèce de foire des égos est quasi-insupportable."

Royal vs Delanoë,
le match dans le match

A en croire les sondages, les deux égos les plus appréciés s'appellent Bertrand Delanoë et Ségolène Royal. Le match dans le match. Celui qui ôterait presque toute chance aux autres présidentiables (Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius et François Hollande en tête) de se positionner en vue de 2012.

Depuis son seul siège de présidente de Poitou-Charentes, Ségolène Royal continue de travailler son image de femme d'Etat sur sa lancée de candidate à la dernière présidentielle. Ripostes aux déclarations de Nicolas Sarkozy, aménagement d'un propre QG à Paris, lancement d'un nouveau site Internet, déplacements à l'étranger...

Prendre la tête du PS pourrait toutefois constituer un risque pour celle qui a toujours voulu apparaître hors des jeux d'appareil. Mais elle ne veut pas que les querelles de 2007 se reproduisent et aura besoin d'un parti en ordre de marche derrière elle pour gagner en 2012. Son véritable objectif. Et elle sait que sa popularité parmi les militants peut lui permettre d'y arriver.

Bertrand Delanoë aussi se verrait bien se servir du poste de Premier secrétaire comme d'une rampe de lancement vers l'Elysée. Mais sa récente réélection à Paris et ses déclarations de campagne rejetant toute convoitise nationale restent trop proches pour s'afficher. Et puis il doit encore compter ses troupes, le réseau jospiniste sur lequel il s'appuie n'étant plus aussi puissant qu'auparavant.

Entre eux, les divergences politiques ne sont pas très fortes. Tout juste le candidat Delanoë durant la campagne des municipales s'est-il démarqué de l'observatrice active qu'était alors Ségolène Royal sur la question des alliances avec le MoDem. Le premier a rejeté la main tendue par le parti centriste dans la capitale, quand la seconde réclamait que de tels partenariats soient conclus "partout" où cela est possible.

Mais on sera loin des batailles de fond qu'a connues le PS lors de précédents congrès. Loin des luttes de personnes et d'idées pour la direction du parti survenues entre Mitterrand et Rocard, ou Fabius et Jospin. Et les autres prétendants au poste de Premier secrétaire ne font pas non plus de leur différence idéologique leur principal argument de campagne interne.

Un quator de candidats déclarés


C'est le cas de Julien Dray qui l'affirme sans détours: "Je n'ai pas de différences majeures avec Ségolène Royal", mais le Premier secrétaire doit avant tout ne "pas être candidat à l'élection présidentielle", afin d'éviter qu'il s'oblige à des postures en vue de 2012 et puisse se concentrer pleinement sur la vie du parti.

C'est pour cela qu'il s'est porté candidat à la succession de François Hollande, dont il est un proche. Il est en outre soutenu par Henri Emmanuelli et espère bien rassembler, sur la motion qu'il présentera, les noms de Ségolène Royal et de Bertrand Delanoë, s'ils ne se lançaient pas dans la bataille.

Autre candidat déclaré: Pierre Moscovici. Dans un entretien accordé cette semaine à VSD, il répète ses "deux engagements" s'il devient Premier secrétaire: "Je ne serai pas candidat en 2012 et je serai neutre à l'égard des présidentiables." L'ancien ministre délégué aux Affaires européennes se défait d'ailleurs de son étiquette strauss-kahnienne pour mieux faire étalage de cette image de neutralité.

Mais à s'éloigner de sa base, ses soutiens pourraient se réduire à peau de chagrin. Même si son image d'homme tempéré -barbe aidant- rassure les militants, séduit les médias dont il a fait le tour depuis quelques mois, et lui a permis d'obtenir le soutien d'Arnaud Montebourg, qui se verrait bien en échange appuyé par Moscovici pour conquérir la présidence du groupe socialiste à l'Assemblée nationale dans quelques mois.

Représentant l'aile droite du parti, Manuel Valls, lui, ne se veut pas aussi rassembleur. Au PS, il veut "tout abattre pour tout reprendre". Ses modèles? "Les sociaux-démocrates allemands", ainsi que les travaillistes anglais: "Il faut construire une nouvelle force politique comme Tony Blair l'a fait avec le New Labour." Le député-maire d'Evry espère "tout remettre en cause", jusqu'au nom du parti, écrit-il dans son livre qui vient de paraître, "Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche!" (Robert Laffont):

"Parti socialiste, c'est daté. Ça ne signifie plus rien. Le socialisme, ça a été une merveilleuse idée, une splendide utopie. Mais c'était une utopie inventée contre le capitalisme du XIXe siècle!"

"Etre enfin de gauche", Claude Bartolone le souhaite également pour le PS, mais il ne le conçoit pas forcément de la même manière. Il ne donne pas de gage de neutralité (à l'inverse de Julien Dray et Pierre Moscovici), il ne joue pas sa carte pour 2012 (Manuel Valls, si), il prépare le terrain de la prochaine présidentielle pour son mentor de toujours: Laurent Fabius, à l'opposé du positionnement du député-maire d'Evry.

Hamon au nom du NPS,
Aubry pour les reconstructeurs


1937266811.jpgClaude Bartolone disputera peut-être l'étiquette de "candidat de l'aile gauche" à Benoît Hamon, qui a annoncé lors du dernier Conseil national du PS préparer une motion pour le congrès au nom du NPS (Nouveau Parti socialiste). Mais la cote du député européen a déjà été plus haute. Chouchou un temps de François Hollande, il a démissionné de son poste de secrétaire national à l'Europe du parti à la suite de son désaccord avec la position du PS sur le Traité de Lisbonne.

Dans ce jeu de prétendants, une carte pouvait également compter, celle des "reconstructeurs", anciens ennemis qui ont d'abord réussi le tour de force de réunir notamment des proches de Dominique Strauss-Kahn et de Laurent Fabius, avant de se déliter peu à peu. Pierre Moscovici a annoncé sa propre candidature. Montebourg l'a rejoint. Claude Bartolone s'en va également seul au front. Avoir comme principal dénominateur commun de faire barrage à un duel Royal-Delanoë n'a pas suffi.

Reste Martine Aubry, qui en fait également partie. Revenue sur le devant de la scène nationale depuis sa réélection triomphale à Lille (66,56% des suffrages), elle la joue pour l'instant discrète. Pas d'annonces tapageuses, l'ancienne ministre de l'Emploi et de la Solidarité consulte à l'intérieur du parti. A l'extérieur, l'opinion publique s'intéresse de plus en plus à elle et la place en troisième position des personnalités préférées pour le poste de Premier secrétaire.

Mais même si Martine Aubry parvient à décourager ses deux prédécesseurs au classement (Delanoë et Royal), elle pourrait ne pas avoir pour autant le champ libre. Le maire de Paris et la présidente de la région Poitou-Charentes envisageraient alors chacun de lancer leurs hommes de confiance dans la course: Harlem Désir, pour le premier; Vincent Peillon, François Rebsamen ou Michel Sapin pour la seconde. François Hollande, lui, pourrait continuer de s'en amuser.

 

"Le droit à l'alimentation est un droit de l'homme fondamental"

La crise alimentaire mondiale est avant tout une violation massive d’un droit de l’Homme, le droit à l’alimentation: c'est la position défendue par le juriste Olivier De Schutter qui a succédé le 1er mai au sociologue Jean Ziegler comme rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation. Pour le jeune Belge, le défi est double: gérer la crise alimentaire mondiale et le lourd héritage laissé par son encombrant prédécesseur. Il démarre sur les chapeaux de roues.

Le nouveau rapporteur spécial demande une session extraordinaire du Conseil des droits de l’Homme sur le droit à l’alimentation, ce qui signifierait que cette institution basée à Genève, non seulement se pencherait sur un droit économique et social, mais aussi sur une thématique qui affecte l’ensemble des pays: une double première. Que justifie la gravité de la situation, estime-t-il. Objectif: que le Conseil des droits de l’Homme adresse un message à la Communauté internationale qui ne parlerait plus seulement de famine ou de pauvreté, mais du droit à l’alimentation, "le grand absent de cette crise". En clair: qu’il reconnaisse les obligations des Etats en la matière.
Olivier De Schutter se positionne ainsi d’emblée comme le juriste spécialisé en droits de l’Homme qu’il est.

Professeur à l’université de Louvain (Belgique), scientifique reconnu dans sa discipline, le nouveau rapporteur s’est surtout intéressé ces dernières années aux droits économiques et sociaux et plus précisément à l’impact de la libéralisation des échanges et de la politique des sociétés transnationales sur les droits de l’Homme. Ce qui le mène tout naturellement, estime-t-il, au mandat sur l’alimentation car

"c’est le seul qui m’intéresse vraiment, le seul qui permette de poser la question de l’impact de la mondialisation économique sur les droits de l’Homme, une question centrale que les juristes ne peuvent laisser aux seuls économistes".

 

Succession délicate

Olivier de Schutter, bio-express
Olivier De Schutter, de nationalité belge, est titulaire d’un doctorat en droit, complété par une spécialisation en droits de l’Homme. Professeur à l’Université Catholique de Louvain (UCL) et au Collège d’Europe, il a par ailleurs été coordonnateur du réseau d’experts indépendants de l’Union européenne sur les droits fondamentaux; et secrétaire général à la Fédération Internationale des droits de l’Homme (FIDH) sur les questions de mondialisation et droits de l’Homme. Parmi ses –nombreuses– priorités en tant que rapporteur spécial figurent l’impact des règles de l’OMC sur le droit à l’alimentation; l’incidence des sociétés transnationales sur la production agricole et alimentaire; et le changement climatique, étroitement lié, estime-t-il, à la question de l’insécurité alimentaire.

Succédant à Jean Ziegler, personnage haut en couleur, apprécié ou critiqué, mais ne laissant personne indifférent, la tâche d’Olivier De Schutter ne sera pas simple. Entre ceux qui souhaitent qu’il suive ses traces et ceux qui préfèrent qu’il s’en abstienne, les déceptions risquent en effet d’être inévitables. Si le nouveau rapporteur en est conscient, il espère néanmoins ne pas s’aliéner "les uns plus que les autres". Et d’ajouter:

"Je suis là pour faire progresser un droit en toute impartialité et objectivité ; je n’appartiens à aucun camp et ce n’est qu’à cette condition que je peux le faire avancer".

 

Etre neutre, une illusion quand on sait que les nominations au Conseil des droits de l’Homme restent essentiellement politiques ? Pour Olivier De Schutter, le véritable problème se situe ailleurs:

"La seule vraie contrainte, c’est le manque de budget. Les rapporteurs ont une petite aide du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme mais dépendent des Etats pour le gros de leurs ressources. Il y a là une vraie responsabilité de la communauté internationale parce qu’il est très difficile de garder une indépendance absolue dans de telles conditions".

 

Mais au-delà, le rôle d’un rapporteur n’est-il pas de dénoncer ce qui ne va pas et donc d’être critique?

"Oui, bien entendu. Mais il ne faut pas oublier que le rapporteur n’a pas de pouvoir de décision. Il n’a donc d’autre choix que de se tourner vers les media et l’opinion publique pour que les gouvernements entendent son message. Et là, Jean Ziegler a réussi à mobiliser et à se faire entendre. Mais le rôle d’un rapporteur est aussi, dans les recommandations qu’il fait, de tenter de tenir compte des différents points de vue en présence pour offrir une synthèse de nature à faire progresser le débat autour d’un nombre suffisamment important de gouvernements".

 

Et si, à l’instar de son prédécesseur, Olivier De Schutter entend mettre l’accent sur une approche terrain, il précise néanmoins que

"le terrain ne se limite pas aux personnes en insécurité alimentaire ; c’est aussi tous ceux dont les décisions peuvent avoir un impact négatif sur le droit à l’alimentation, gouvernements, organisations internationales, sociétés agro-alimentaires…"

 

Alors que Jean Ziegler donnait volontiers dans l’emphase, il y a, chez son jeune successeur –40 ans cette année– un mélange déconcertant de passion et de pondération, d’assurance et de retenue. Et avant de se forger une opinion sur des questions aussi délicates que les OGM par exemple, il entend consulter un maximum d’acteurs. En clair, Olivier De Schutter paraît bien décidé à tenter de faire le grand écart.

 

Toutes les notes