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30.04.2008

Observatoire des besoins et des attentes des jeunes actifs dans sept pays européens

Entre l’âge de 25 et de 39 ans, les jeunes actifs traversent une période charnière de leur existence. Ces années sont en effet marquées par une succession d’événements de premier ordre : ils débutent leur carrière professionnelle et deviennent indépendants financièrement, acquièrent parfois leur premier bien immobilier et fondent souvent une famille. Parfois même se pose la question de la prise en charge de leurs parents. Autant de situations nouvelles auxquelles ils doivent parfois simultanément faire face, et qui peuvent être source de tracas, voire de réelles difficultés.
C’est pour mieux comprendre la manière dont les jeunes actifs appréhendent cette étape de leur vie que Mondial Assistance a souhaité leur donner la parole.
Ipsos a ainsi réalisé une enquête du 30 janvier au 14 février 2008 auprès de 3508 jeunes actifs âgés de 25 à 39 ans issus de sept pays européens (France, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, Espagne, Pays-Bas, Portugal).

Les jeunes actifs européens ont plutôt le moral mais ils considèrent que leur situation est aujourd'hui plus difficile à vivre que celle de leurs parents au même âge

A priori, les jeunes actifs des sept pays investigués affichent un assez bon moral : 79% le déclarent. Cet état d’esprit est toutefois assez modéré, puisque les jeunes actifs ayant un « assez bon moral » sont beaucoup plus nombreux (64%) que ceux qui affichent un « très bon moral » (15%).

On décèle pourtant derrière cet apparent bon moral un fatalisme latent : 61% des jeunes actifs interrogés estiment en effet que par rapport à la génération de leurs parents, leur vie quotidienne est devenue plus difficile, et même « beaucoup plus difficile » pour un tiers d’entre eux (32%). Le constat dressé par les jeunes de cette enquête va donc à l'encontre du schéma traditionnel, qui veut que chaque nouvelle génération soit normalement appelée à avoir une vie meilleure que celle de ses parents.

Ce qui manque le plus aux jeunes actifs : le temps devant les opportunités et l’énergie

Quand on leur demande ce qui leur manque le plus aujourd’hui, la réponse des jeunes actifs est sans appel : 60% d’entre eux affirment manquer de temps, une réponse qui arrive loin devant toutes les autres. Ainsi, 38% déplorent un manque d’opportunités et 30% un manque d’énergie. Dans des proportions moindres, ils estiment également manquer d’aide (14%), d’idées (10%) et de conseils (8%).

Ce manque de temps, d’opportunités et d'énergie a des répercussions sur l’ensemble des domaines de leur vie. L'observatoire Ipsos/Mondial Assistance a ainsi demandé aux jeunes actifs de se mettre en situation sur un certain nombre de sujets touchant leur vie professionnelle, le droit et les finances, la santé, le temps libre et la vie quotidienne, et force est de constater qu'un grand nombre de situations testées posent aujourd'hui problème aux jeunes actifs.

Des manques qui génèrent de nombreuses difficultés dans la vie des jeunes actifs

En ce qui concerne leur vie professionnelle, de nombreux jeunes actifs estiment qu’il leur serait particulièrement difficile de négocier au mieux leurs augmentations de salaire (64%), de prendre un congé sabbatique (60%), mais aussi de gérer leur stress (45%). Ces situations qui relèvent du quotidien de la vie professionnelle leur semblent ainsi plus difficiles à gérer que des situations plus extrêmes comme faire face à une situation de harcèlement au travail (43%) ou agir au mieux de leurs intérêts en cas de conflit avec leur employeur (42%).

Pour ce qui est du droit et des finances, la situation jugée la plus difficile concerne le choix d'un emprunt aux meilleures conditions (41% disent que c’est difficile): une situation emblématique pour cette génération qui s'installe et aspire probablement à acquérir un bien immobilier, une voiture ou tout autre achat conséquent, et se trouve démunie face à l'emprunt. La recherche d'un logement à louer ou à vendre est également la situation qui leur apparaît la plus compliquée à gérer (50%) dans le domaine de la vie quotidienne.

Dans le domaine de la santé, s’il est assez logique de constater que 53% des jeunes actifs trouveraient difficile de venir en aide à un proche devenu dépendant ou atteint d’une maladie fortement invalidante, il est en revanche préoccupant de noter qu’il serait difficile pour près de la moitié d’entre eux (43%) de se faire soigner efficacement à moindre coût ou de savoir comment réagir face à une situation d’urgence médicale.

Plus grave, on note l’émergence de réels problèmes dans la gestion du temps libre. Respectivement 62% et 42% des jeunes actifs déclarent qu’il leur est difficile de prendre le temps d’avoir une activité sportive régulière et de manger de façon équilibrée, à l’heure où les pouvoirs publics soulignent qu’avoir une alimentation équilibrée et pratiquer une activité sportive régulière sont des impératifs de santé publique. La moitié des jeunes actifs (49%) considèrent également qu'il leur est difficile de prendre le temps de faire ce qu'ils aiment, signe s'il en est du malaise des jeunes actifs qui n'ont même plus le temps de s'accorder des moments de plaisir. Lorsqu’il devient difficile de faire ce que l’on aime, on peut en effet dire que la vie devient vraiment désagréable.

Notons que la présence d’enfants au foyer accroît le sentiment de manquer de temps, notamment pour faire ce qu’on aime ou pratiquer une activité sportive. L’arrivée d’un enfant constitue donc un événement capital, générateur de changements profonds et de tracas supplémentaires dans la vie quotidienne.

Au final, les deux domaines qui suscitent le plus de problèmes aux jeunes actifs sont la vie professionnelle et le bien-être : 50% ont répondu qu'ils auraient du mal à faire face à plus de la moitié des situations testées dans le domaine de la santé, et 48% ont répondu de même dans le domaine de la vie professionnelle. Ces deux secteurs sont également ceux qui arrivent en tête de la hiérarchie des tracas éprouvés actuellement par les jeunes actifs. Ainsi, et même si pour certains, cela paraîtra paradoxal au vu du jeune âge des personnes interrogées, le bien-être et la santé est le domaine qui cause le plus de tracas aux actifs européens interrogés (41%). Il arrive juste devant la vie professionnelle (38%), la vie quotidienne et ses imprévus (26%), la vie domestique (25%) ou encore les démarches administratives (18%) et le cadre de vie (18%). Ces résultats illustrent par ailleurs à quel point aujourd’hui la plupart des secteurs de la vie quotidienne sont une source de tracas pour les jeunes actifs.

Pour faire face à ces problèmes, la majorité des jeunes actifs européens s’estiment dépourvue d’aide réelle et efficace de la part de leurs proches.

Si un peu plus d’un jeune actif sur deux (54%) pense pouvoir trouver une aide réelle et efficace auprès de ses proches en cas de problème de santé, il n’en reste pas moins vrai que l’autre moitié avoue se trouver dans une situation plus précaire. Dans le domaine de la vie professionnelle, la situation semble encore plus fragile. Plus des deux tiers (68%) déclarent que leurs proches ne leur apporteraient qu’une aide limitée (48%), voire aucune aide (20%), pour gérer au mieux les difficultés qu’ils pourraient rencontrer (gestion du stress, d’un conflit, de leur évolution de carrière par exemple). De même, 58% d’entre eux estiment que leurs proches ne leur apporteraient qu’une aide limitée (44%) voire aucune aide (14%) pour les aider à régler des formalités administratives, tandis que pour 53% des jeunes actifs interrogés, leurs proches ne seraient d’aucune aide (11%) ou d’une aide limitée (42%) s’ils devaient être amenés à faire face à des imprévus de dernière minute.

Au final, près d'un jeune actif sur trois (31%) affirme ne pouvoir disposer d’aucune ou de peu d’aide dans l'ensemble des domaines de sa vie.

Les solidarités intergénérationnelles fonctionnent mal mais elles ne sont pas les seules en cause. Bon nombre de jeunes actifs européens ne semblent pouvoir compter que sur eux-mêmes face à ces problèmes de la vie quotidienne, ce qui est très probablement une circonstance aggravante décuplant le potentiel de nuisance des difficultés qu'ils rencontrent. Or ce manque d’aide s’inscrit dans le contexte d’un manque cruel de temps : ce qui leur pose problème aujourd’hui, c’est certainement de ne pouvoir disposer des soutiens et des appuis nécessaires pour leur permettre de dégager du temps.

Les jeunes actifs n’éprouvent pas la même difficulté à faire face à leurs tracas en fonction de leur pays d’origine...

L’Observatoire Ipsos / Mondial Assistance montre que ces derniers ne rencontrent pas le même niveau de difficulté face à leurs tracas dans chacun des sept pays européens étudiés.

Les Pays Bas sont incontestablement le pays où les jeunes actifs semblent faire face à leurs difficultés avec le plus de facilité. En effet, ils sont quasi-systématiquement les moins nombreux à déclarer éprouver des difficultés face aux différentes situations auxquelles ils peuvent être confrontés.

Ils sont également les moins nombreux (48% contre 61% en moyenne) à estimer que par rapport à la génération de leurs parents, leur vie quotidienne est devenue plus difficile. Mieux, leur moral est au beau fixe, puisque 96% d’entre eux déclarent avoir bon moral, dont 25% « très bon moral », un niveau qui n’est approché que par les jeunes actifs espagnols (90% ont bon moral, dont 23% « très bon moral ») et qui est largement supérieur à celui des autres pays.

...et les Français se retrouvent dans le bas du classement>

Si le niveau de difficulté rencontrés par les jeunes actifs espagnols, portugais, allemands et britanniques dans les différents domaines de leur existence les place dans une position intermédiaire qui peut varier d’une situation à l’autre, ce sont quasiment systématiquement les jeunes actifs français et italiens qui se montrent les plus fatalistes.

Ainsi, dans ces deux pays, près d’un jeune actif sur deux (47% en Italie, 43% en France, contre 29% en moyenne dans l’ensemble de sept pays étudiés) affirme qu’il lui est ou serait difficile de faire face à plus de la moitié des situations testées, tous domaines confondus (vie professionnelle, santé, temps libre, droit et finances, vie de tous les jours).

Une lecture plus détaillée des résultats souligne notamment la grande difficulté qu’éprouvent les jeunes actifs français au sein de la sphère professionnelle et notamment pour négocier au mieux leurs augmentations de salaire (cela est difficile pour 72% d’entre eux contre 64% en moyenne dans les sept pays étudiés). Cela découle pour une part de la très forte préoccupation actuelle de l’ensemble des Français au sujet de leur pouvoir d’achat mais pas seulement. Les schémas de négociation sont probablement aussi différents, peut-être plus figés qu’ailleurs.

La vie professionnelle constitue d'ailleurs la plus forte source de tracas des jeunes actifs français et italiens, suivie à un niveau similaire par la vie quotidienne et ses imprévus, spécificité de ces deux pays puisqu'ailleurs ce domaine est devancé par le bien-être et la santé. C'est dire à quel point la vie de tous les jours des jeunes actifs italiens et français est source de difficultés, de tension, et probablement de temps perdu... au point sans doute de les empêcher de prendre le temps de faire ce qu'ils aiment puisque sur ce sujet aussi les jeunes Italiens et les jeunes Français s'illustrent par une plus forte propension que leurs voisins européens à éprouver des difficultés.

Ainsi, malgré les 35 heures conventionnelles de travail hebdomadaires, les Français sont ceux qui déclarent le plus manquer de temps (64%) et qui éprouvent, avec les Italiens, le plus de mal à faire face sereinement aux difficultés de leur vie. Par ailleurs, on ne peut qu’être saisi par le désarroi des jeunes actifs français : ils se montrent en effet extrêmement désabusés, 78% d’entre eux estimant que par rapport à la génération de leurs parents, leur vie quotidienne est devenue plus difficile (contre 61% en moyenne). Ce sont les seuls à déclarer majoritairement (51%) que leur vie quotidienne est même « beaucoup plus difficile » que celle de leurs parents, signe d'un fatalisme très prononcé et inédit dans les six autres pays.

29.04.2008

Quelle place pour les seniors dans l’entreprise ?

Pénibilité, maintien dans l’emploi : regards croisés des salariés et des chefs d’entreprise sur la situation et les mesures proposées. Ipsos et l’Institut Manpower pour l’Emploi publient en partenariat avec Les Echos et LCI les résultats d’une étude réalisée auprès d’un échantillon représentatif de salariés et de dirigeants d’entreprise.

Les seniors sont aujourd’hui très appréciés dans l’entreprise :

les personnes qui travaillent auprès de séniors indiquent massivement qu'ils sont bien considérés par les autres salariés (85%) et par la direction (81%). Les salariés de 50 ans et plus eux-mêmes déclarent qu'ils sont bien considérés par les différents publics du monde du travail. Pour la plupart des salariés et des chefs d’entreprise, les séniors "disposent d'une expérience et d'un savoir faire dont les autres salariés ont besoin" (95% des salariés et 97% des chefs d'entreprise). Salariés comme entrepreneurs estiment également majoritairement que les séniors "résistent mieux à la pression et au stress que les plus jeunes" (respectivement 61% et 75%). …mais leur situation dans l’entreprise semble se détériorer : Les salariés estiment que depuis ces 10 dernières années, il est aujourd'hui plus difficile pour les séniors d'être respectés au sein de leur univers professionnel (52%), de valoriser leur expérience et de la transmettre (54%), d'encadrer et de diriger une équipe (55%) et d'être écoutés par les plus jeunes (62%). Les salariés estiment aussi qu'il est plus difficile pour les séniors aujourd'hui de se projeter dans un avenir professionnel. La majorité des salariés indiquent qu'aujourd'hui il est plus difficile pour les séniors d'avoir des opportunités de formation (60%), de pouvoir évoluer sur de nouveaux postes (79%) et, in fine, de rester motivés (81%). Les chefs d’entreprise, ne voient majoritairement pas de difficultés grandissantes pour les séniors depuis ces 10 dernières années pour encadrer et diriger une équipe (41%) ou encore avoir des opportunités de formation (42%). En revanche, ils sont nettement plus partagés pour ce qui est de la valorisation et la transmission de l’expérience (49% contre 49% qui pensent que c’est plus facile qu’il y a 10 ans). Ils indiquent en revanche majoritairement que les séniors ont aujourd'hui plus de mal à rester motivés (58%), à être écoutés par les plus jeunes (63%) et à pouvoir évoluer sur de nouveaux postes (64%).

 

Les seniors avouent se sentir moins à même de faire face à leur travail avec l'âge :

la majorité des séniors indiquent que leur motivation au travail s'est détériorée (51%), tout comme leur état de santé (61%) et leur capacité à résister à la fatigue et au stress (70%, dont 20% qui déclarent même qu'elle s'est "beaucoup" détériorée").

 

Le maintien en activité devient un défi majeur…:

dans ces conditions, le maintien en activité des séniors n'est pas chose aisée, d'autant que les salariés de 50 ans et plus eux-mêmes n'expriment guère de motivation majeure à continuer à travailler. Moins d'un sénior sur deux (48%) souhaite continuer à travailler jusqu'à l'âge permettant de toucher sa retraite à taux plein, tandis que la majorité souhaiterait s'arrêter avant, que ce soit via un dispositif de préretraite (27%), de son plein gré (18%) ou même suite à un licenciement (6%). Même s'ils sont conscients qu'ils devront probablement travailler jusqu'à l'âge nécessaire pour toucher leur retraite à taux plein (61%), une minorité non négligeable d'entre eux pense ne pas travailler jusque là, soit parce qu'elle aura été mise en préretraite (15%) ou licenciée (6%), soit parce qu'elle aura décidé d'elle-même de s’arrêter avant (16%). …mais aujourd’hui compliqué à relever pour les chefs d’entreprise, ils ont besoin d’aide: le maintien en activité des seniors s'avère un enjeu complexe et délicat pour les chefs d'entreprise. Les trois quarts considèrent que la gestion des salariés de 50 ans et plus va devenir un enjeu primordial pour les entreprises (73%) et près des deux tiers reconnaissent que c'est quelque chose de complexe (62%). D'ailleurs, si les dirigeants estiment majoritairement qu'il est facile de les maintenir en activité (56%), une forte proportion d’entre eux déclare à l'inverse que c'est difficile (39%). Quoi qu'il en soit, les entrepreneurs ont le sentiment d’être insuffisamment préparés sur ce sujet (63%). D'ailleurs, en dehors de l'organisation de la transmission des savoir-faire des salariés, la majorité d'entre eux (55%) avoue ainsi de pas avoir pris en compte la pénibilité physique dans l'évolution des carrières des salariés âgés de 50 ans et plus et 76% des chefs d'entreprise qui travaillent avec des séniors n'ont pas non plus cherché à proposer des emplois spécifiques aux salariés de 50 ans et plus rencontrant des problèmes de santé. La très grande majorité des entrepreneurs (79%) indique que les entreprises auront besoin d'être accompagnées sur le sujet.

 

Les mesures proposées par la commission Attali sont différemment appréciées :

l'exonération de cotisations chômage et patronales pour les salariés de 50 ans et plus est très massivement plébiscitée par les chefs d'entreprise (82%), qui jugent la mesure efficace voire même très efficace (43%) pour maintenir en activité les séniors. Les salariés sont du même avis même si c'est logiquement dans des proportions plus modérées (69%). Les mesures destinées à favoriser le cumul salaire-retraite sont également jugées efficaces par 62% des salariés et 76% des chefs d'entreprise, tout comme la mise en place d'un supplément retraite pour les années travaillées après 65 ans (respectivement 63% et 76%). Ces deux mesures, qui visent à accroître l'activité des salariés à un âge assez avancé, sont accueillies froidement par les salariés de 50 ans et plus (seuls 48% jugent efficaces la mise en place d'un supplément retraite et 54% la possibilité de cumuler un salaire en plus de sa retraite). Si le développement de la formation continue des salariés en fin de carrière est encore jugée majoritairement efficace par les salariés (59%) et les chefs d'entreprise (56%), l'interdiction des pré-retraites sauf en cas de restructuration économique suscite des réactions plus contrastées, surtout chez les salariés (50% la jugent efficace contre 46% qui sont de l'avis inverse). Les dirigeants placent cette mesure en queue de hiérarchie mais considèrent néanmoins majoritairement qu'elle sera efficace (55% contre 38%).

28.04.2008

Vaudeville

Nicolas Sarkozy avait promis de réhabiliter la politique et les Français l’avaient cru. Son discours d’investiture, il y a à peine un an, était un modèle du genre et salué comme tel. Volontarisme, esprit de réforme, attention aux plus démunis, respect des institutions. Le Président avait compris que les Français n’en pouvaient plus du chiraquisme, ces douze ans de je-m’en-foutisme bienveillant mâtiné de tiers-mondisme. La lune de miel ne durera qu’un été. Symboliquement, elle se termine en janvier par sa conférence de presse à l’Elysée saluée comme un paradigme par une presse enamourée - à l’exception notable de ce quotidien - et qui n’était qu’un exercice de présomption et d’illusionnisme.

Qui se souvient aujourd’hui de cet hyper président court-circuitant tous ses ministres dont le premier. Sarkozy qui avait combattu et battu des grands fauves de la politique comme Chirac, Villepin ou Juppé est devancé par un modeste élu de la Sarthe. Le «collaborateur» a pris sa revanche et le Président, comme le montrent sondages après sondages, reste collé en bas du classement.

Et, ce n’est plus le vaudeville de la vie privée qui plombe Nicolas Sarkozy. Comme l’écrivait Marcel Gauchet, il lui manque «une inscription dans le temps». Les Français ne sont pas rebelles à toutes les réformes, mais ils ne croient plus ce Président qui, après douze mois d’exercice chaotique du pouvoir, ne leur a toujours pas donné de feuille de route. Sarkozy pâtit d’un déficit de crédibilité, d’autant plus fort qu’il s’était engagé à faire de la politique autrement.

 

27.04.2008

En 2008, des heures sup à la peine

Travail. . Le dispositif phare du «travailler plus pour gagner plus» n’a pas les effets escomptés par le gouvernement.

Les Français sont ainsi. Avec 48 % d’opinions positives, la mesure gouvernementale sur les heures supplémentaires est l’une des rares à être considérée comme un succès, selon le sondage Viavoice publié lundi par Libération. Pourtant, cinq mois après sa mise en place, le dispositif phare du «travailler plus pour gagner plus» se révèle au mieux comme un effet d’aubaine, au pire comme un demi-échec. C’est ce que révèle en partie le dernier bilan de l’Acoss (la «banque» de la Sécu), publié avant-hier : si le nombre d’entreprises ayant recours au dispositif Tepa a augmenté depuis janvier, le volume d’heures supplémentaires, lui, a baissé… Les entreprises concernées par l’étude (essentiellement les plus de dix salariés) sont ainsi 54 % à avoir utilisé des heures sup Tepa en février 2008, contre 53 % en janvier, et 51 % en décembre 2007. Problème : le volume d’heures auxquelles ces entreprises ont eu recours est passé, lui, de 47 millions en décembre 2007 à 44 millions en janvier 2008… et 41 millions en février. Soit une baisse de 6 millions d’heures supplémentaires en France depuis décembre dernier.

Pic. En toute logique, le volume financier est lui aussi à la baisse. En deux mois, la cagnotte redistribuée sous forme d’exonérations de cotisations est ainsi passée de 165 millions en décembre 2007 à 151 millions en février 2008.

«Le recours aux heures supplémentaires a un effet saisonnier, tente d’expliquer un haut fonctionnaire proche du dossier. Les fêtes de fin d’année conduisent les entreprises à payer davantage d’heures sup, d’où l’explication, en partie, de cette baisse observée depuis le pic de décembre.» Le dispositif a-t-il pour autant fait grimper le nombre d’heures sup par rapport aux années précédentes ? «Il semblerait que l’essentiel des heures supplémentaires Tepa concerne des heures qui étaient déjà faites dans les entreprises avant la loi», admet le même haut fonctionnaire.

Un sentiment confirmé le 9 avril par Didier Migaud, président PS de la commission des finances de l’Assemblée nationale. «Le nombre d’heures supplémentaires travaillées ne semble pas avoir augmenté depuis l’entrée en vigueur de la loi Tepa», expliquait-il alors en s’appuyant sur une étude commandée par la commission des finances. Selon laquelle le nombre d’heures supplémentaires, en année pleine, serait de 600 à 670 millions, contre 900 annoncées lors du vote de la loi Tepa.

Faux, rétorquait le ministère de l’Economie, en brandissant un document de la Dares (une direction du ministère du Travail). Selon celui-ci, le nombre d’heures supplémentaires au quatrième trimestre 2007 aurait augmenté de 28 % par rapport au même trimestre en 2006. Cette enquête, qui évoquait dans un premier temps le chiffre de 900 millions d’heures supplémentaires en 2006, a été nettement revue à la baisse, en raison, officiellement, de l’absence de données sur les entreprises de moins de dix salariés. Une révision opportune, sans quoi elle aurait laissé apparaître une baisse du nombre d’heures utilisées depuis l’entrée en vigueur de la loi. Même avec les chiffres révisés, un petit encadré précisait : «Toutes les heures supplémentaires ne sont pas déclarées par les entreprises. […] L’entrée en vigueur de [la loi Tepa] a vraisemblablement réduit ce biais de sous-déclaration.» Et pour cause : les entreprises bénéficient désormais d’exonérations de charges.

L’augmentation de 28 % entre le 4e trimestre 2006 et celui de 2007 est donc à considérer avec précaution. D’autant qu’un sondage, réalisé par l’Acoss elle-même, révélait en mars dernier que 64 % des entreprises de plus de dix salariés déclaraient recourir aux heures sup avant la loi Tepa, alors qu’elles ne sont aujourd’hui plus que 54 %.

Smic. Reste une chose qui ne souffre aucun débat : le nombre d’heures supplémentaires dont bénéficient les Français en mars 2008. Il est exactement de 4 heures par mois pour l’ensemble des salariés et de 6 heures par mois pour les salariés des entreprises qui ont recours aux heures sup. Soit un gain, au niveau du Smic, de 30 à 50 euros. Pas de quoi faire exploser le pouvoir d’achat.

 

26.04.2008

L’emploi des seniors, souci majeur

Taxer «plus lourdement» les entreprises qui n’emploieraient pas un quota minimal de salariés de plus de 50 ans ? Parmi les hypothèses envisagées par le gouvernement figure très sérieusement l’idée d’instaurer une sorte de bonus-malus sanctionnant les entreprises qui «continueront obstinément à refuser de jouer le jeu» en matière d’emploi des seniors. Xavier Bertrand a vendu la mèche dimanche, avant de préciser hier que lui-même ne «croyait pas aux quotas».

Sanction. Cette révélation puis cette mise au point du ministre du Travail ne sont pas pour faciliter la tâche de sa collègue ministre de l’Economie, Christine Lagarde, et du tout nouveau secrétaire d’Etat à l’Emploi, Laurent Wauquiez, qui recevaient hier successivement François Chérèque (CFDT), Jean-Claude Mailly (FO) et Laurence Parisot (Medef) dans le cadre des consultations préparant la négociation sur l’assurance chômage devant démarrer le 6 mai.

Hier matin, dans Les Echos, Jean-René Buisson, président de la commission «Protection sociale» du Medef, estimait qu’«instaurer des quotas constituerait une grave erreur». Cette idée de quotas ne suscitait pas davantage d’enthousiasme chez les syndicats, même s’ils n’écartent pas le principe d’une sanction contre les entreprises qui ne feraient pas l’effort de conserver leurs salariés âgés.

Les syndicats ont un peu le sentiment que les deux ministères en charge du Travail (Bertrand) et de l’Emploi (Lagarde et Wauquiez) se livrent une guerre de territoire sur cette question. Normalement, la ligne de partage est claire : Xavier Bertrand s’occupe de la réforme des retraites, et Laurent Wauquiez pilote la refonte de l’assurance chômage. Or, l’emploi des seniors, officiellement confié à Wauquiez, est la première question que les syndicats posent au sujet des retraites.

Lundi, Xavier Bertrand commencera ses consultations sur les retraites. Les syndicats lui demanderont de surseoir à un éventuel passage de la durée de cotisation à quarante et un ans tant que la France aura un aussi faible taux d’emploi des salariés de 55 ans et plus (38 % seulement). Pour assurer l’équilibre des régimes de retraite, une autre hypothèse envisagée par le gouvernement est de transférer un point de cotisation chômage sur l’assurance vieillesse. Or, c’est la négociation entre partenaires sociaux qui fixe ce taux. Seul un engagement tripartite, qui pourrait être arrêté le 6 mai, peut mettre d’accord le patronat, les syndicats et les deux ministères concernés.

Offres. En attendant, les secrétaires généraux de la CFDT et de Force ouvrière, reçus hier par Christine Lagarde et Laurent Wauquiez, ont dit tout le mal qu’ils pensaient d’un éventuel durcissement de la réglementation sur les offres valables d’emploi, et des sanctions qui frapperaient les demandeurs qui, après six mois de chômage, refuseraient deux offres à moins de deux heures (aller-retour) de chez eux, ou avec une baisse de salaire n’excédant pas 30 %. «Inacceptable», estime Jean-Claude Mailly, qui considère que le gouvernement «traite le dossier à l’envers» en agitant la menace de sanction avant que les partenaires sociaux aient défini les conditions d’indemnisation. Quant à François Chérèque, il juge «stupide» l’idée de «définir par la loi de façon rigide l’offre valable d’emploi». Le gouvernement envisage pourtant de légiférer sur ce point avant l’automne.

 

25.04.2008

« La déclaration de principes est la carte d’identité du Parti socialiste »

La Commission de la Rénovation du Parti vient d’élaborer un projet de « déclaration de principes » qui offre un nouveau regard sur les fondements de la théorie socialiste et la société qu’il entend construire pour les prochaines années. L’analyse d’Alain Bergounioux, Secrétaire national aux Études.

Le Parti socialiste vient d’élaborer un projet de « déclaration de principe » pour 2008, la cinquième seulement en un siècle…

Précisons d’abord que ce projet a été élaboré par la Commission de la Rénovation qui rassemble toutes les sensibilités du Parti. Et qu’il sera soumis à débat, puis au vote des fédérations, avant d’être adopté lors de la Convention nationale du 14 juin. Pour le reste, la première déclaration de principes a été entérinée en 1905, au moment de la création de la SFIO. La seconde a été rédigée en 1945, sous la plume de Léon Blum, au moment de la refondation, après l’Occupation. Une troisième a suivi, en 1969, en pleines discussions entre la SFIO et la Convention des institutions républicaines (CIR), en perspective de la création du Parti socialiste, à Épinay. La dernière (1990) a été préparée en vue du congrès de Rennes, avec l’ambition de tirer des enseignements des dix années écoulées. La future déclaration sera la première du genre au XXI e siècle.

Comment définiriez-vous la notion de « principes » ?

La déclaration n’est ni un projet, ni un programme, ni même encore un ensemble de mesures. Elle se résume par des idées fortes. C’est la carte d’identité du Parti. Il ne s’agit cependant pas d’une plate-forme programmatique, mais d’un texte précis et concis.

Quels sont les fondements théoriques de cette nouvelle déclaration ?

Elle débute par un préambule qui se réfère aux racines historiques du Parti. La première partie s’interroge sur les finalités fondamentales, à partir d’une réflexion sur la personne humaine, la libération, les discriminations… Ce qui revient à définir très clairement les rapports entre égalité et liberté. Gardons bien à l’esprit que la perspective égalitaire de notre engagement se fait au nom des libertés.

Il apparaît également très clairement qu’il ne peut y avoir de libération possible qu’au prix d’une véritable sauvegarde de la planète. Cette déclaration fait donc du développement durable une finalité en soi, ce qui nous conduit à redéfinir la notion même de progrès. Progrès humain, pour commencer, mais aussi rapport à la science, en mettant l’accent sur le principe de précaution… Autant de réflexions qui ne figuraient pas dans les précédentes déclarations de principes.

Quelles perspectives ce texte dresse-t-il ?

Notre objectif est de démontrer que nous avons toujours un rapport critique au capitalisme, en donnant une définition claire et précise de notre positionnement. Nous érigeons ainsi en principe la notion d’économie sociale et écologique du marché. Si celui-ci a toute sa place dans notre société, il ne doit pas moins être soumis à régulation dans le cadre d’une intervention de la puissance publique, là où c’est nécessaire et indispensable. Nous donnons donc un fondement théorique à la formule consacrée de Lionel Jospin : « Oui à l’économie de marché, non à la société de marché ». Un certain nombre de biens ne peuvent être distribués par le seul marché.

Dès lors que nous parvenons à démontrer qu’il y a équivalence entre dignité humaine et sauvegarde de la planète, il nous faut imaginer un modèle de développement qui puisse allier action économique, impératif écologique et protection sociale. Nous tentons ensuite de définir ce qui résulte de l’apport historique des socialistes dans les sociétés européennes : quelle est notre conception de l’État, au regard du système économique dans lequel nous vivons ? Quels objectifs pouvons-nous lui assigner, en termes d’innovation, d’investissement et de redistribution ? Toutes ces notions sont analysées sous un angle international, affirmé dès l’origine par Jean Jaurès, et réaffirmé par la suite. Nous parlons aussi de notre conception de la France à la fois ouverte, singulière et universaliste.

Cette déclaration de principes fixe enfin dans le marbre quelques caractères propres à notre vocabulaire commun, que nous nous efforçons de définir. Qu’entendons-nous au juste par République ou laïcité ? Quelle est notre conception de la justice et de l’Europe ? Quid de notre rapport à la démocratie ? Autant de questions qui sont clairement identifiées ici. Sans doute plus encore que par le passé.

Le socialisme peut-il incarner un nouvel espoir face aux méfaits du capitalisme et de l’ultralibéralisme ?

Celles et ceux qui ont travaillé sur cette déclaration sont convaincus de la pertinence de l’action et de la théorie socialistes. À sa lecture, on comprend pourquoi le socialisme démocratique, différent du libéralisme, porte un message qui répond aux problématiques posées par notre siècle : préservation de la planète, développement équilibré, lutte contre les inégalités… Ce qui fait la force du socialisme, c’est qu’il est capable d’allier l’idéal au réel, le futur et le présent, tout en assumant les contradictions de notre société. Ce n’est pas une faiblesse, mais une force qui permet une adaptation aux aléas auxquels nous sommes sans cesse confrontés. C’est en ce sens qu’il porte un espoir, non pas seulement parce qu’il est une idée, mais surtout parce qu’il allie théorie et pratique.

déclaration_de_principes_(2).pdf

La faim justifie les moyens

La hausse des prix des produits alimentaires de première nécessité provoque une grave crise mondiale. Sans intervention, la famine et les violences risquent de toucher plusieurs centaines de millions de personnes. À la nécessité pour la communauté internationale d’apporter une aide financière rapide, s’ajoute celle d’un changement du système agricole actuel, pour permettre aux pays du Sud de développer un production locale et d’assurer leur sécurité alimentaire.


Haïti, 12 avril. Des milliers de personnes dans les rues. Ces émeutes provoquent la mort de cinq personnes, 200 blessés et la destitution du Premier ministre. Raison de la colère, la flambée du prix du riz. Le sac de 50 kilos est passé de 35 à 70 dollars en une semaine. Hausse considérable dans un pays où 80% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour. En Jordanie, le gouvernement a annoncé la réduction des droits de douanes sur les viandes et les poissons de 5 à 20%. Depuis le début du mois, le prix des légumes a augmenté de 20% et celui des viandes de 10%. Et la crise touche de plus en plus de pays déjà ébranlés par la pauvreté : en Egypte, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, aux Philippines ou encore en Indonésie, des manifestations violentes ont eu lieu, en réponse à la hausse des prix alimentaires. Baptisée « émeutes de la faim », ces évènements sont le reflet d’une crise mondiale, en partie due à la crise financière de ces derniers mois, qui a entraîné une spéculation importante sur les matières premières. Et les mots de Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, ne sont pas rassurants : « On va vers une très longue période d’émeutes, des vagues de déstabilisation régionale incontrôlable, marquée au fer rouge du désespoir des populations les plus vulnérables. (…) Avant la flambée des prix déjà, 854 millions de personnes étaient gravement sous-alimentées. C’est une hécatombe annoncée ».

Une question de survie
Dans un premier temps, les grandes organisations internationales ont appelé à une réaction d’urgence de la part des pays les plus riches. Il s’agit de fournir au Programme alimentaire mondial (PAM) une aide financière immédiate de l’ordre de 500 millions de dollars, que l’ONG réclame pour faire face à l’inflation des prix agricoles. « Nous distribuons quatre millions de tonnes de vivres par an, l’augmentation de 55% du coût des produits alimentaires depuis juin 2007 a donc un impact énorme sur nos opérations », ont expliqué les responsables du PAM, le 13 avril. L’urgence est nécessaire pour empêcher la famine de s’installer dans les pays les plus démunis.
Mais atténuer les effets de cette crise en distribuant de la nourriture à ceux qui en sont dépourvus ne permet pas de résoudre le fond du problème. En réalité, c’est l’ensemble du système agricole international qui s’effondre. « Il faut une réponse structurelle. Cette crise montre que l’agriculture ne peut pas être traitée comme n’importe quelle activité productive. C’est un grand tort de la part des institutions économiques internationales, mais aussi de nombreux pays, d’avoir voulu traité les produits issus de l’agriculture comme des marchandises comme les autres. Quand le prix de produits industriels ou de l’énergie monte, cela a évidemment des conséquences sociales, mais quand c’est le prix de l’alimentation, c’est la survie même des habitants dans les pays pauvres qui est en jeu », estime Harlem Désir, secrétaire national du PS à la mondialisation et député européen.

Assurer la sécurité alimentaire des pays du Sud
La perversité du système agricole actuel a conduit les pays du Sud, en particulier le continent africain, à être dépendants en matière alimentaire. Ainsi, quand les prix augmentent, ils sont touchés de plein fouet et ne peuvent assurer eux-mêmes leur sécurité alimentaire. « Il faut aider les pays du Sud à développer, comme on le fait nous-mêmes en Europe, des politiques agricoles qui reposent sur des mécanismes de subventions, de protection, et permettent d’abord d’orienter la production agricole vers l’alimentation des populations. Certains pays d’Afrique, par exemple, ont souvent renoncé à une production locale parce qu’ils étaient moins compétitifs. On se rend compte aujourd’hui de la fragilité du système mis en place. Il faut revoir ce système. L’OMC, par exemple, doit accepter la subvention de productions agricoles dans ces pays, quitte à utiliser des tarifs douaniers pour encourager la production locale », souligne encore Harlem Désir.
Parallèlement, les pays industrialisés ne peuvent pas s’abstenir de réfléchir à leurs propres défauts. Le développement des biocarburants est aussi en cause dans l’apparition de cette crise. Au lieu d’utiliser des terres pour produire des denrées alimentaires, on y sème du blé, des betteraves ou du maïs pour la production de carburants. « Nous devons nous-mêmes être cohérents. Il faut arrêter de subventionner les biocarburants en Europe. Cela n’empêche pas de continuer la recherche et l’expérimentation sur la deuxième génération de biocarburants, destinée à l’utilisation des seuls résidus alimentaires. Mais cette nouvelle génération est loin d’être opérationnelle. Aujourd’hui, la production de biocarburants contribue à la spéculation et à la montée des prix. L’Europe doit montrer l’exemple. Il existe bien d’autres politiques de réduction des gaz à effets de serre et de développement d’énergies renouvelables », soutient avec fermeté Harlem Désir.

Ecole : la mixité en danger, par Bariza Khiari

Une fois de plus, l'Europe a bon dos. Au nom d'une prétendue directive européenne, le gouvernement français vient de faire adopter par le Parlement, dans un texte de loi destiné à lutter contre les discriminations, une disposition remettant en cause la mixité à l'école. Aucun ministre de l'éducation, aussi réactionnaire fût-il, n'aurait eu "l'audace" d'inscrire dans nos textes, ne serait-ce que par voie de circulaire, la possibilité d'organiser "des enseignements par regroupement des élèves en fonction de leur sexe" sans s'exposer à la foudre des organisations laïques et des syndicats de l'enseignement.

Les directives européennes, que nous avons à transposer dans notre droit national, sont pour la plupart d'inspiration libérale et il nous a souvent fallu batailler ferme pour préserver en France nos spécificités. Or, dans le cas qui nous occupe, l'Europe n'est pas en cause. Aucune des directives européennes à transposer dans ce texte ne touche au champ de l'enseignement, qui reste une compétence strictement nationale.

Dès lors, le gouvernement a menti au Parlement en affirmant, à la tribune de l'Assemblée, que cette dérogation à la mixité à l'école était une exigence de la Commission européenne et qu'on ne pouvait donc s'y soustraire. Au Sénat, tous les groupes parlementaires ainsi que la délégation aux droits des femmes étaient d'accord pour supprimer cette disposition. Or, contre toute attente, le 9 avril, lors de la discussion du texte en séance publique, le gouvernement a maintenu sa position, ordonnant à sa majorité de se plier. Cet épisode parlementaire en dit long sur la liberté de parole et d'amendement de la majorité et augure mal de la façon dont on entend donner plus de pouvoir au Parlement. Il révèle aussi l'influence grandissante des intégristes de tout poil au sein du pouvoir d'Etat.

La mixité est un acquis fragile. Parmi ses détracteurs, trois arguments sont invoqués. Le premier, d'ordre pédagogique, met en évidence le frein que peut constituer la mixité aux performances respectives des filles et des garçons. Le second, d'ordre social, souligne la montée des violences dans les établissements, et notamment des violences sexuelles. Le troisième, que l'on peut classer, faute de mieux, dans la catégorie "morale", déplore l'indécence qu'il y aurait à suivre, pour les garçons et les filles, des cours en commun. La délégation aux droits des femmes du Sénat s'était saisie de cette question en 2004. Elle avait conclu que les réponses aux problèmes soulevés se trouvaient non pas dans la ségrégation, mais dans la formation des enseignants, l'encadrement éducatif, le contenu des manuels scolaires et surtout dans la volonté politique d'accompagner les jeunes femmes dans des choix d'orientations professionnelles dont elles ont tendance à s'auto-exclure.

 

CONSERVATISME LIBÉRAL

 

Au-delà de la valeur émancipatrice de la mixité, l'apprentissage du vivre-ensemble commence dès l'école. C'est aussi à ce titre que la mixité est un principe à préserver. Cette remise en cause est une disposition sortie de nulle part et que personne n'a le courage de revendiquer. Rien ne permet d'expliquer la présence de cette mesure alors que tous les protagonistes du débat parlementaire souhaitaient la voir disparaître. Son adoption ne constitue pas un faux pas ou un cafouillage. Au contraire, cette attaque contre la mixité semble issue d'une volonté déterminée, mais non avouée. Elle s'inscrit dans le conservatisme libéral qui caractérise la pensée de M. Sarkozy.

Après avoir affirmé la supériorité du curé sur l'instituteur dans la transmission des valeurs ; après avoir voulu imposer les statistiques ethniques, instrument fort utile pour gommer la question sociale et renvoyer les causes de la délinquance à l'origine ; en donnant maintenant la possibilité de déroger au principe de mixité dans l'éducation, on s'en prend une fois de plus à notre modèle laïque et républicain.

Avec tant d'autres Européens fervents, j'ai combattu les dérives libérales et parfois conservatrices de l'Europe ; là, je ne laisserai pas dire que c'est la faute à Bruxelles ! Laïcité, égalité, mixité... ce continuum, socle de notre modèle républicain ne cesse de subir des attaques comme si, à la tête de l'Etat, on était en train de mettre en place les éléments d'une reconfessionnalisation de la société française.

24.04.2008

En politique étrangère, zéro pointé !

Les questions diplomatiques, survolées, ont donné lieu à des erreurs et des approximations, facilitées par un comportement plutôt timoré des journalistes.

Sur le plan diplomatique, le Président a baladé ses interlocuteurs. Les questions ont été rares, timides et peu percutantes. Ainsi aucun journaliste n'a demandé à Nicolas de s'expliquer sur son virage atlantiste : intervention en Afghanistan, OTAN. Vincent Hervouët lui a juste demandé s'il ne convenait pas de négocier avec les Talibans.
«En tant que chef d'Etat, je ne dois pas parler au Hamas», affirme Nicolas Sarkozy. Le Président se montre ferme, il refuse de dialoguer avec ceux qui veulent «rayer Israël de la carte», que ce soit le Hamas ou le président iranien, qu'il cite également, au nom des «principes» qui président à la diplomatie français. Problème : le chef de l'Etat mélange tout. Mahmoud Ahmadinejad, le chef de l'Etat iranien, a bien émis sous cette forme sa vindicte envers Israël, mais pas le Hamas. Les dernières négociations menées ces derniers jours par Jimmy Carter ont même conduit l'organisation palestinienne à proposer la reconnaissance d'Israël sous certaines conditions.
Sur la Chine, aucune question qui fâche non plus. Il était pourtant simple de demander au Président s'il n'était pas anormal que la police chinoise donne des ordres à la police française pour attraper un journaliste de la chaîne France 2 sur laquelle était organisé l'intervention présidentielle. Il était encore plus utile de lui demander s'il croyait, à l'inverse de ce que pensent la plupart des bons connaisseurs de la Chine, que l'envoie de trois émissaires (Christian Poncelet, Jean-Pierre Raffarin, Jean-David Levitte) chargés de cadeaux, d'excuses et d'invitations était efficace s'agissant d'un pays qui ne semble comprendre que le rapport de forces. «Au moment des JO, la France présidera l'UE. Je ferais tous les efforts possible pour que nous trouvions une position commune.», a déclaré le président. Si on comprend bien, il n'est plus question de boycotter la cérémonie d'ouverture ni de poser des questions ennuyeuses aux dirigeants chinois.

Sans-papiers : Sarkozy droit dans ses bottes

«Il n'est pas question que nous fassions une régularisation globale», a tranché jeudi soir Nicolas Sarkozy, interrogé sur le mouvement de grève des salariés sans-papiers.

« Le temps des immigrés serait-il venu ?» a questionné Yves Calvi, reprenant la thèse du démographe François Héran,qui démontre que la migration sera d'ici une génération le principal, sinon l'unique facteur de croissance de la population.
Une hypothèse que n'a pas souhaité retenir le président Sarkozy qui s'est voulu pédagogue mais sans jamais changer de ligne : « Les immigrés sont des êtres humains qui méritent le respect, mais nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde ».

Pas de régularisation globale
Evoquant les conditions de régularisation, Nicolas Sarkozy a fermement confirmé qu'il « n'y aura pas de régularisation globale parce que la régularisation globale conduit à la catastrophe. Cela conduit à un appel d'air qui profite aux trafiquants, on fait la politique des trafiquants ». Calvi revient à la charge : « Ils payent des impôts, ils se lèvent tôt pour aller travailler ». Riposte du président: « l'immigration économique, il en faut et c'est toute la politique des quotas qu'on essaie de mettre en place. Il y a 22% de chômage chez les immigrés réguliers alors qu'on ne me fasse pas croire qu'on est obligé d'aller chercher des malheureux clandestins ».

Régularisation n'est pas nationalité française
Subtil, Yves Calvi demande au chef de l'Etat si, après quelques années passées en France, « La fiche de paye ne vaut-elle pas titre de séjour ? ». Droit dans ses bottes, Sarkozy dit « Non ! On ne devient pas français parce qu'on travaille dans la cuisine d'un restaurant, aussi sympathique soit-il. Il faut parler français, signer un contrat d'intégration ».
Trop attentif à ne pas froisser ce qui lui reste de soutien politique du côté de la droite dure, Sarkozy est à côté de la plaque : Yves Calvi n'évoquait pas les conditions d'obtention de la nationalité française mais la régularisation des étrangers. Le président de la République confondrait-il carte d'identité et carte de séjour?

Le vote des étrangers : pas la majorité idoine
Alors, « Le temps des immigrés ? » : « c'est un pas que je ne franchirai pas alors qu'il y a encore 1,9 million de chômeurs » a rétorqué le président, pragmatique.
Peut-être « le vote des étrangers » comme l'avait promis le candidat en campagne? « Je n'ai pas la majorité pour le faire » conclut, sur ce thème, le président, avant d'ajouter, beaucoup plus stratège, qu'un tel débat « relancerait les passions».

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