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28.03.2008
Tiens-toi bien, Nicolas
Pas de Ray ban, pas de SMS, même au pape, pas de lâcher de Bigard, ni de familiarité intempestive genre la bise ou la claque dans le dos à Angela, pas de stylo non plus qu'on collectionne ni de regard concupiscent encore qu'avec la Reine mère, ça ne risque pas, mais sait-on jamais ! La visite à sa majesté d'Angleterre est un examen de passage des plus pointilleux. Un mélange d'ENA et de Polytechnique où le moindre écart par rapport à l'étiquette la plus stricte sera immédiatement et longuement stigmatisé. A l'Elysée d'ailleurs, le couple présidentiel s'est préparé en ce sens, à chausser la grande pompe royale, et non plus le prosaïque 39 franchouillard fillette. Car à travers cette royale réception, il s'agit de mettre un point d'orgue à l'opération de présidentialisation de Nicolas Sarkozy et de son équipe qui joue un rôle non négligeable dans l'affaire.
C'est bien en effet ce scénario, cette séquence nouvelle qui prend toute sa forme et sa force à la faveur de ce voyage d'Etat. Depuis le périple en Afrique du Sud, Nicolas Sarkozy s'efforce en effet d'incarner enfin un rôle qu'à ses débuts agités il a cru pouvoir impunément bousculer. Mais on ne plie pas comme ça une fonction monarchique, aux caprices du temps et des hommes présomptueux. Ses prédécesseurs, les rois puis les présidents l'ont tous habitée en majesté même s'ils ont prétendu la dépoussiérer. Tous ont cherché et atteint une hauteur ainsi qu'une densité que poursuit désormais Nicolas Sarkozy, puisque les Français massivement lui ont fait et lui font encore le reproche de se conduire comme un vulgaire manager ou une starlette de ciné, alors qu'ils veulent un chef de l'Etat qui s'occupe d'eux et non de lui ou de ses amours embarrassantes.
Sarkozy a donc, à nouveau, changé, rompu avec la rupture et décidé de faire président à fond. Depuis le voyage en Afrique du sud, ainsi se met-il en image et en sons dans tous ses déplacements extérieurs ou intérieurs, comme au plateau des Glières où, à petits pas, il a tenté de s'élever sans tomber, avant d'essayer de prendre de la « profondeur » en lançant le terrible, le sous-marin dernier cri. Il veut gagner en autorité, en légitimité, en majesté. Une opération de chirurgie esthétique et éthique qu'il sait de longue haleine, qui lui demande de contrôler son tempérament hyperactif puisqu'il y faut de la retenue, quasi de la contention. Et pour parvenir à ce but élevé, Carla Bruni-Sarkozy joue un rôle essentiel.
Pour l'ancien mannequin de haut vol, il s'agit de devenir un modèle de Première Dame de France, ce qui contribuerait à prouver que son époux est un président modèle ! Cela fait plus d'un mois maintenant qu'elle suit avec humilité les recommandations des conseillers élyséens. Elle sollicite même leurs avis en permanence avec « intelligence et humilité », disent-ils. En y mettant « sa touche de distinction, de sophistication et de modestie » qui devrait, croient-ils, « souffler l'effet bling bling », si dévastateur pour l'image de l'hôte élyséen.
Les sarkozystes espèrent même, comme le dit Jacques Séguéla, le communiquant passé de Mitterrand à Sarkozy, qu'un lien profond va se nouer avec les Français. Après le rejet, l'affection ; « le couple, un couple vrai, pas en toc, précise Séguéla, passerait du people au populaire… ». On en est encore loin. Mais la mise en scène, via l'Express puis Match puis Libération, qui avait consacré sa Une à la Première Dame, est parfaitement orchestrée sur le thème Carla Bruni, la femme qui « transforme Nicolas Sarkozy, celle qui l'apaise, celle qui l'aide à canaliser son énergie au service du pays… ». Il en faudra encore des efforts pour convaincre les Français dubitatifs non sur sa beauté mais sur son rôle réel : Carla Bruni est-elle davantage qu'un trophé narcissique pour homme blessé ? Saura-t-elle trouver une fonction réelle entre Bernadette Chirac et Lady Di ? La révérence à la reine, c'est sans doute très bien, elle l'accomplira à merveille. Mais ce sont les révérences devant les Françaises et les Français qui comptent. Les reines et les rois doivent s'incliner devant leurs sujets qui, à leur tour, se prosternent et les élèvent à cette royauté qu'ils ont alors mérité… On n'y est pas. Il s'en faut. Et il ne suffirait pas de coller à l'étiquette pour y parvenir.
On en oublierait presque les enjeux politiques. Le glissement atlantiste ne devrait confirmer cette visite qui provoquera débat. La possibilité ou non d'un rapprochement sérieux avec les Anglais, maintenant que l'Irak ne nous oppose plus comme avant. L'éventualité donc de doubler le couple franco-allemand avec cette entente pourtant toujours si difficile avec les Grands Bretons qui n'ont eu de cesse de contrecarrer les efforts communautaires consentis pour notre agriculture et qui se sont toujours montrés si peu europhiles. Il ne suffira donc pas de vérifier si Nicolas Sarkozy a la nuque raide, s'il se tient bien à table, s'il ne se mouche pas dans la nappe mais aussi s'il n'en fait pas politiquement trop avec sa nouvelle fraternité franco-britannique du XXIe siècle.
18:40 Publié dans vu dans Marianne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, hamon, ps, refondation, sarkozy, politique, 91




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